Les participants

Projet d’action culturelle, La Marmite adresse prioritairement ses parcours artistiques au non-public (Francis Jeanson), aux publics spécifiques ou éloignés de la culture – soit, généralement, des catégories socio-économiques précaires ou en quête de reconnaissance (chômeurs, migrants, adolescents, aînés, travailleurs pauvres, enfants provenant de milieux modestes, etc.).

Projet d’action citoyenne, elle entend donner de la visibilité, de l’audibilité aux « gens du commun » (Protagoras) – ceux que Pierre Bourdieu appelait les « dominés », Jacques Rancière les « sans-part », Erri De Luca les « sans voix ». L’œuvre d’art qui ponctuera les parcours investira l’espace public, contribuant ainsi à l’inscription sensible de ces groupes sociaux dans l’horizon démocratique.

Sens et valeur de l’art ne sont pas, pour nous, des émanations transcendantes ni le produit de codes celés dans les œuvres qu’il conviendrait simplement de déchiffrer. Ils sont matières à jeu des interprétations ; le sens, notamment, n’est jamais épuisé puisque « l’activité représentationnelle exercée sur l’objet » (pour reprendre l’expression de Jean-Marie Schaeffer) varie en fonction des conditions sociales, historiques, culturelles dans lesquelles se trouvent les récepteurs, dans lesquelles se tient l’expérience esthétique. Une transaction collective du sens libère la réception, épanouit la polysémie des œuvres. D’où l’intérêt de socialiser la réception, de réunir des groupes autour de nos parcours et d’élargir sociologiquement, même modestement, le public en prenant en compte les obstacles symboliques et psychosociaux dans l’accès à l’art.

Conçue comme le miel d’authentiques rapports humains, semblable médiation charrie une dimension sociale : pour paraphraser Antoine Hennion, il n’y a rien à partager de plus important que le partage lui-même, que cette rencontre humaine, ce commun autour d’un objet.

Voir les parcours Par la reconnaissance de l’égalité des participants, par l’affirmation de leurs points de vue, par la mise en débat de ceux-ci, notre médiation se veut non seulement l’occasion d’un approfondissement du rapport aux œuvres mais aussi un exercice de citoyenneté (d’empowerment, comme disent les anglophones).

Nous avons pensé la taille de nos groupes (7 à 15 personnes) de manière à favoriser la meilleure participation de chacun : en effet, suivant les acquis des théories de la dynamique des groupes restreints, en deçà de ce nombre, la stimulation est moindre ; au-delà, des phénomènes de leadership réduisent le partage de l’interlocution.
Nous privilégions donc les groupes restreints et des cercles déjà constitués, des associations afin de favoriser chez chaque participant l’audace d’être soi. Mais que l’on ne se méprenne pas, la culture des groupes n’est pas close sur elle-même et, par delà tout schématisme, l’homme est « pluriel ».
Relevons enfin que ces groupes sont « baptisés » (Groupe Char, par exemple) offrant une référence indirecte à l’un ou l’autre moment du parcours proposé. L’explicitation de ces désignations sera l’occasion d’une stimulation supplémentaire. Par ailleurs, nous croyons au pouvoir de la nomination pour encourager la « mobilisation » (Célestin Freinet) de tous et l’estime de soi.