Retour à Reims
D’après Didier Eribon, mise en scène de Thomas Ostermeier au Théâtre Vidy-Lausanne

Dans un studio d’enregistrement, une actrice enregistre le commentaire d’un documentaire. Le réalisateur lui donne des instructions depuis la cabine de mixage. Le film, projeté en arrière-plan, défile au rythme des prises. C’est la version cinématographique de Retour à Reims, l’essai de Didier Eribon, mettant en scène l’auteur lui-même visitant sa mère et évoquant son enfance et son adolescence par un jeu d’archives et de réminiscences.

Dans son livre, Eribon mêle confessions et analyse sociologique pour réfléchir à ses retrouvailles avec sa ville natale et sa famille, qu’il n’a presque plus revues depuis qu’il s’en est éloigné pour poursuivre une carrière d’intellectuel à Paris. Cette confrontation avec son propre passé le renvoie aux angles morts de la société d’aujourd’hui : les mécanismes d’exclusion à l’œuvre dans les mêmes classes moyennes auxquelles il appartient désormais et la réalité d’une classe ouvrière auparavant communiste qui, oubliée et privée de ses droits, a rejoint la droite populiste et le Front National. Comment les choses sont-elles arrivées là ? Quelle est la responsabilité de la gauche ? Aurait-elle, comme l’intellectuel Eribon lui-même, renoncée à son passé ? Qui défend encore aujourd’hui le projet humaniste et progressiste ? Où et comment ont disparu les représentations de la classe ouvrière ? Et quelles sont les solutions ? Eribon poursuit ces questions dans ce film, partant à la recherche d’indices auprès de sa mère à Reims.

Au fur et à mesure du processus de finition du film, réalisateur et actrice s’interrogent à leur tour, se renvoyant les questions. Elles finissent par les troubler l’un et l’autre dans leur rapport à l’art, à leur statut social comme à leur histoire personnelle. Ils s’opposent bientôt – dans une discussion qui révèle leurs personnalités et leurs engagements.

Théâtre Vidy-Lausanne