Le Havre, de Aki Kaurismäki

Marcel Marx (André Wilms), ex écrivain, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier de cireur de chaussures lui permet de vivre modestement. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme adorée Arletty (Kati Outinen), quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire, poursuivi par les services de l’immigration.
Le Havre est l’un des films les plus émouvants de Kaurismäki. Le cinéaste finlandais tourne pour la seconde fois en France et en français après La Vie de Bohême (le personnage de Marcel Marx, que l’on retrouve dans Le Havre, toujours interprété par le merveilleux André Wilms, en était déjà le héros.) Les dialogues, ciselés et élégants, sont au diapason d’un interprétation magnifique. Le Havre, ville hors du temps qui a gardé une patine rétro authentique, lui sied à merveille. Kaurismäki visiblement aime les années 50, comme le rocker local Little Bob qui fait une prestation scénique mémorable dans le film, le temps d’un bloc frontal et musical, extrait d’un de ses concerts. Kaurismäki retrouve ses vieux complices Kati Outinen, André Wilms (photo en tête de texte) et Jean-Pierre Léaud, et invite à les rejoindre Jean-Pierre Darroussin, excellent en policier solitaire et melvillien. Pierre Etaix et Luce Vigo, aujourd’hui disparus, y font des apparitions amicales. Le Havre parle d’immigration, de racisme, de solidarité et de résistance de manière presque intemporelle, mais le film trouve un écho dans l’actualité la plus brûlante et la société dans laquelle nous vivons. Comme Chaplin (le film est une référence directe au Kid), Kaurismäki touche à l’universel et nous bouleverse grâce à une histoire simple mais essentielle, et réussit un petit chef-d’œuvre humaniste.
Source: Arte TV

Mercredi 14 mars 2018 20h à Fonction: cinéma