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Parcours artistiques

Les parcours artistiques de La Marmite prévoient que chaque groupe :

  • assiste à la représentation d’un spectacle « arts de la scène » (parfois aussi à une répétition ainsi qu’à la rencontre des équipes de création) ;
  • prenne part à une projection filmique ;
  • visite une exposition ;
  • rencontre un-e intellectuel-le.

 

Par leurs différentes étapes autour d’une thématique centrale, nos parcours révèlent la complexité de tout questionnement ; par leur caractère pluridisciplinaire, ils nous renseignent sur les potentialités de chaque genre artistique.
La durée de ces parcours ou, plus précisément, le nombre des rencontres impliquées (huit à dix) pour chacun des groupes constitue l’un des défis les plus sérieux de notre entreprise (nos premiers contacts nous ont rendus sensibles à la fatigue du maçon le soir venu, aux horaires crépusculaires de certains personnels d’entretien, etc.).
Si nous ne croyons pas en la possibilité d’emprunter des raccourcis lorsque l’on ambitionne de démocratiser vraiment la culture, nous savons toutefois que notre projet exige souvent souplesse et invention.

Background

Groupe Jeanne des abattoirs

Ainsi nommé en hommage à la pièce fameuse de Bertolt Brecht (Sainte Jeanne des abattoirs, 1929-31), ce groupe interrogera l’expérience de l’injustice et la manière dont l’organisation économique et sociale affecte les rapports humains.

  • Le Groupe

    atd photoLes participantes et participants du groupe Jeanne des abattoirs sont issus d’ATD Quart Monde – Genève.

    ATD Quart Monde rassemble des personnes de tous horizons pour réfléchir, agir et vivre ensemble différemment. Pour bâtir une société sans misère. La violence de l’extrême pauvreté, l’ignorance, le dénuement et le mépris isolent les personnes et les enferment dans le silence jusqu’à les faire parfois douter de leur appartenance à la communauté humaine. Unir nos forces pour atteindre ceux qui sont exclus dans nos sociétés et reconnaître la contribution indispensable des personnes vivant dans la pauvreté sont des étapes essentielles pour mettre fin à la misère et bâtir la paix. Les personnes en situation d’extrême pauvreté ont une connaissance et une expérience uniques qui peuvent abaisser les barrières séparant les personnes et les peuples.
    En Suisse, Le Mouvement ATD Quart Monde propose des espaces de rencontre où la culture est créatrice de lien social et de libération. Il a aussi pour objectif de collaborer avec les institutions locales, nationales et internationales pour transformer les stratégies de lutte contre la pauvreté en politiques éclairées et cohérentes.

    Nous remercions les participants de leur concours : Marie-Thérèse, Florence, Delphine, Chantal, Lilo, Jean-Marie, Michèle et Ana.
    Nous remercions également les relais de l’association de leur précieux engagement : Cathy Low, Aurore Sanchez et Pierre Zanger.

  • L’artiste

    jérôme meizozJérôme Meizoz écrivain

    Professeur associé à l’Université de Lausanne, écrivain et critique littéraire, Jérôme Meizoz vit à Lausanne tout en gardant de fortes attaches familiales et culturelles avec le Valais.
    Après des études de lettres à l’Université de Lausanne, il suit à Paris les cours de l’écrivain-sociologue Pierre Bourdieu, qui préfacera sa thèse. Il enseigne un temps à Zurich, puis à l’Université de Genève. Directeur de la Formation doctorale interdisciplinaire à la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne, il enseigne aussi la littérature française.
    Jérôme Meizoz publie d’abord des études littéraires en lien avec la littérature romande, puis élargit son domaine à la littérature francophone des XVIIIe (Rousseau) et XXe siècles. Il mêle rapidement approches sociologiques et littéraires. Considéré comme un spécialiste de Charles Ferdinand Ramuz, Jérôme Meizoz participe à L’histoire de la littérature en Suisse romande de Roger Francillon et collabore à l’édition critique des romans de Ramuz dans la Bibliothèque de la Pléiade.
    Enfin, Jérôme Meizoz écrit également des récits de fiction constellés de faits autobiographiques.

  • Le spectacle

    Le Livre de Job 2La Boucherie de Job de Fausto Paravidino, mise en scène Hervé Loichemol.

    Un petit commerçant, travailleur, bon et généreux, éprouve des difficultés économiques, fait faillite, perd ses proches et finit sur un tas d’ordures. Job – comment pourrait-il s’appeler autrement ? – n’a pourtant rien à se reprocher : il croit au travail, à l’effort, au mérite, à la parole donnée. Mais il ne voit pas que le jeu a changé, ne sait pas s’adapter et sombre corps et biens. Son fils, qui connaît les nouvelles règles, revient de Boston, prend les affaires en main et fait fructifier le néant.
    La Boucherie de Job montre un monde qui bascule, se transforme, où la faillite est générale, où l’on peut faire argent de tout, de rien et n’importe comment. Un monde qui semble être le nôtre, chaotique, exubérant, drôle, ridicule et émouvant. Rares sont les textes de cette force. Le jeune auteur italien Fausto Paravidino – que la France découvre depuis quelques années à l’affiche de théâtres tels la Comédie-Française ou La Commune d’Aubervilliers, dont on peut lire l’éloge tant dans l’Humanité que dans Gala – est un prodige. Avec fantaisie, culot, un sens aiguisé du dialogue et de la réplique qui tranche, ce sont de hautes questions qu’il réactive à travers la parabole de Job : nos pères ont-ils démissionné ou les avons-nous jetés aux oubliettes ? Avons-nous vendu nos croyances et nos valeurs au dieu argent ? Un pardon, un salut sont-ils encore possibles ?

    Fausto Paravidino, né à Gênes en 1976, est écrivain, comédien, metteur en scène, cinéaste et traducteur. Il écrit sa première pièce, Trinciapollo, en 1996. Suivent entre autres Due fratelli qui reçoit le Prix Ubu en 2001, Genova 01 qu’il écrit en 2001 alors qu’il est auteur en résidence au Royal Court Theatre de Londres, et La malattia della famiglia M qu’il met en scène en 2011 au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris. 2011 est aussi l’année où il intègre le Teatro Valle Occupato, un théâtre de 1727 situé au cœur de Rome, occupé depuis plusieurs années par des artistes et citoyens, en résistance à sa privatisation et aux coupes infligées à la culture.

    Hervé Loichemol, fondateur du théâtre Le Châtelard à Ferney-Voltaire, dirige la Comédie de Genève depuis juillet 2011. Au nombre de ses récentes mises en scène, on peut citer Siegfried, nocturne de Michael Jarrell et Olivier Py (2013), Shitz de Hanokh Levin (2014), Le Roi Lear de Shakespeare (2015), Cassandre de Michael Jarrell avec Fanny Ardant dans le rôle-titre (2015) et Épître aux jeunes acteurs de Olivier Py (2016).

    Source : comedie.ch

  • L’intellectuel

    Maurizio Lazzarato - SobotnaMaurizio Lazzarato

    Maurizio Lazzarato est un sociologue et philosophe italien indépendant, résidant à Paris.
    Ses recherches portent sur le travail immatériel, l’éclatement du salariat, l’ontologie du travail et le capitalisme cognitif. Il s’est également intéressé aux concepts de biopolitique et de bioéconomie.
    Chercheur au Matisse/CNRS (Université Paris I), il est membre du Collège international de philosophie de Paris.
    Il a fait partie du comité de rédaction de la revue Multitudes dont il est un des membres fondateurs. Il est notamment l’auteur d’Expérimentations politiques (2009) et de La Fabrique de l’homme endetté (2011).

    Conférence de Maurizio Lazzarato, La condition néolibérale et la guerre
    Mardi 14 mars 17h à l’Université de Lausanne, bâtiment Géopolis auditoire 1620
    Avec la participation du comédien Claude Thébert
    En collaboration avec le Centre d’histoire internationale et d’études politiques de la mondialisation (CRHIM) de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne, le Laboratoire capitalisme, culture et société (LACCUS) de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne et Laboratoire de Sociologie Urbaine (LaSUR) de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.

  • Le film

    indexLe Dernier des hommes de Friedrich Wilhelm Murnau.

    Le Dernier des hommes est un film de Friedrich W. Murnau, réalisé en 1924.
    Le portier du grand hôtel Atlantic est très fier de ses prérogatives : il occupe une fonction prestigieuse, que son costume désigne aux yeux de tous. Dans son quartier, il est respecté et envié. Or, un matin, en arrivant à son travail, il constate qu’il a été remplacé. Le directeur de l’hôtel lui explique, sans ménagement, que cette mesure est due à son grand âge. On lui arrache sa somptueuse livrée et on le relègue au gardiennage des lavabos. C’est la pire des humiliations. Le soir venu, l’ex-portier vient en catimini récupérer sa livrée, afin de donner le change à son entourage. Mais une commère a été témoin de sa déchéance. Elle la révèle à tout le quartier, qui tourne en ridicule le pauvre homme. A bout de forces, il vient se terrer dans ses lavabos, où un veilleur de nuit le découvre, prostré…
    L’histoire aurait dû s’arrêter là. « Mais l’auteur a eu pitié de son héros et inventé un épilogue à peine croyable » (comme le précise textuellement un carton intercalaire). Un milliardaire américain excentrique succombe à une crise cardiaque dans les lavabos de l’hôtel. Il a eu le temps de léguer son immense fortune à l’homme qui l’a assisté dans ses derniers moments. Le portier retrouve ainsi sa gloire perdue ; en compagnie du veilleur de nuit, il fête son triomphe en faisant bombance devant le personnel de l’hôtel rassemblé, qui le salue respectueusement.

    Jeudi 10 novembre 20h, à St-Gervais Genève Le Théâtre (salle de projection)

    Source : cineclubdecaen.com
    Ici également se trouve une analyse du film.

  • L’exposition

    AlimentariumL’Alimentarium

    Situé sur les rives du Lac Léman, à Vevey en Suisse, l’Alimentarium a été le premier musée au monde entièrement dédié à l’alimentation. Pour mener à bien sa mission, le musée privilégie une approche pédagogique, pluridisciplinaire et interactive.
    L’Alimentarium observe les habitudes alimentaires d’hier et d’aujourd’hui en adoptant un point de vue global et indépendant et en favorisant l’interaction et le dialogue avec les visiteurs. Les expositions aux thématiques multiples, les nombreuses activités de médiation, les démonstrations scientifiques, les dégustations gastronomiques, les ateliers culinaires ou les visites commentées sont autant d’occasions pour les visiteurs d’étancher leur soif de connaissance et d’expérience.

    alimentarium.ch

  • Les médiateurs

    Alice Izzo okAlice Izzo
    Diplômée en Géographie à l’Université de Genève, Alice Izzo s’est orientée durant ses études vers la géographie humaniste, un domaine qui la passionne. Ses recherches se portent principalement autour des notions d’espace public, d’ambiances urbaines, d’actions culturelles et s’élargissent sur la sociologie du quotidien…
    Voir la biographie complète

    Riesen okJean-Luc Riesen
    Né à Genève en 1960, Jean-Luc Riesen est musicien et compositeur. Il joue de la basse et de la contrebasse au sein de nombreuses formations, dans des répertoires rock, Jazz, chanson, classique, ainsi que dans des performances et divers projets théâtraux. Il participe à de nombreuses tournées suisses et européennes…
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  • Le partenaire culturel

    La Comédie de Genève

    Inaugurée en janvier 1913, la Comédie de Genève, située en plein cœur de la Cité de Calvin, est la première institution genevoise consacrée à l’art dramatique. Elle est dotée d’une salle à l’italienne de 476 places, du Studio André Steiger de 86 places et du Studio Claude Stratz pouvant accueillir jusqu’à 100 personnes.
    Théâtre de création, la Comédie de Genève ouvre largement sa programmation aux auteurs ou metteurs en scène genevois et suisses romands. Outre les réalisations de ses directeurs (André Talmès, Richard Vachoux, Benno Besson, Claude Stratz, Anne Bisang), elle a présenté les travaux de metteurs en scène tels que André Steiger, Philippe Mentha, Omar Porras, Oskar Gómez Mata, Martine Paschoud, Simone Audemars, Denis Maillefer ou encore Dorian Rossel.
    Lieu de diffusion, elle accueille sur son plateau les spectacles de grands noms de la scène européenne et internationale : Peter Brook, Alain Françon, Matthias Langhoff, Isabelle Pousseur, Olivier Py, Claude Régy, Krysztof Warlikowski, Bob Wilson et, plus récemment, Romeo Castellucci, Wajdi Mouawad ou Nicolas Stemann.
    La Comédie de Genève est dirigée depuis juillet 2011 par le metteur en scène Hervé Loichemol. Il envisage l’institution comme un lieu de réflexion sur l’esthétique et les enjeux actuels du théâtre. A travers sa programmation, qui s’articule autour de pièces du répertoire et d’écritures contemporaines, il revendique un théâtre où le texte et la pensée du texte sont déterminants.

    comedie.ch

Carnet de bord

  • MARS 2017

    Séance du 17 mars 2017 – Restitution avec artiste
    Le parcours arrive à son terme, déjà, qu’est-ce que s’est passé vite ! On se donne rendez-vous à la maison Joseph en fin d’après-midi afin de préparer notre séance de restitution. Une rencontre que l’on veut festive. Dans notre groupe, le mot d’ordre est le partage. Il est drôle de constater a posteriori qu’il s’opère bien souvent autour d’une table.

    Il ne nous a pas fallu attendre la visite à l’Alimentarium de Vevey pour comprendre qu’être à table ne signifie pas uniquement satisfaire un besoin ou prendre du plaisir autour d’un repas mais c’est avant tout un moment de convivialité, partagé en groupe.

    Chantal, notre cordon-bleu attitré, prend les commandes en cuisine. Ce soir au menu, nous mangerons un riz Biryani à l’indienne ! Tout le monde contribue et met la main à la pâte. Petit à petit un délicieux fumet épicé s’émane de la cuisine attirant les derniers arrivants. Désormais l’équipe est au complet.
    Le climat est doux en ce début de soirée, le printemps arrive. C’est décidé, nous ferons notre premier repas de l’année en terrasse ! Une grande table se dresse sous la pergola de la maison Joseph. Nous prenons place et dégustons la recette de Chantal. Succulent ! Tout le monde réclame la recette. L’ambiance bat son plein.
    Mais pas de temps à perdre, le groupe prend au sérieux la mission de La Marmite. Il est l’heure de la table ronde. On décide de s’installer autour de la table du petit salon afin de discuter au chaud de ce que l’on a vécu ensemble durant ce parcours, afin de partager anecdotes, opinions et ressentis.

    Au début de la séance, on discute de la rencontre avec Maurizio Lazzarato qui s’était déroulée quelques jours auparavant. Celle-ci ayant eu lieu à un horaire peu commode, tout le monde n’avait pas pu venir ; Laurence prend donc la parole afin d’expliquer aux absents les sujets abordés avec l’invité. Une synthèse d’une grande justesse ! Ce qu’il faut en retenir aussi c’est qu’il est un homme accessible, intéressant et chaleureux.

    Avant la rencontre, le doute planait : serons-nous rapidement dépassés par la technicité de son langage ? L’avis est tout à fait unanime au sein du groupe, il a parlé de façon compréhensible et tout le monde a trouvé les discussions partagées avec lui très intéressantes !

    La séance continue, place au bilan. Il nous faut désormais retracer ce que l’on a vécu ensemble durant notre parcours de La Marmite. Pour cela, notre artiste-écrivain Jérôme, nous propose un petit atelier d’écriture. A partir des « Je me souviens… » de Georges Perec (1978), nous avons laissé vagabonder nos pensées en couchant sur le papier nos souvenirs spontanés liés au parcours ou à l’expérience de l’injustice – thématique de notre groupe. La lecture de ces souvenirs a fait ressurgir diverses émotions, passant des rires à la colère et parfois même aux larmes. Une manière poétique de dresser le bilan. En tout cas, La Marmite et ses rencontres, on s’en souviendra !

    La séance touche à sa fin comme notre parcours. Nous baignons déjà dans la douce nostalgie de nos rencontres. On se dit que cela ne peut pas se terminer comme ça. Mais nous voilà soulagés, Mathieu nous apprend que La Comédie est ouverte à l’idée d’accueillir le vernissage du texte du Groupe Jeanne des abattoirs. Eventuellement le 30 mai ! On s’amuse à imaginer ensemble le programme de la soirée : lecture performée du texte de Jérôme notre artiste ; médiateur mais aussi musicien, Jean-Luc pourrait jouer de la contrebasse et Chantal a une idée en tête concernant la scénographie de la scène. Elle se tourne vers moi (Alice, médiatrice mais aussi artiste plasticienne) et me dit : « je suis venue voir ta dernière exposition et j’ai adoré tes sculptures en papier mâché ! On pourrait organiser un atelier et en produire avec toi ! On discute avec joie de ce vernissage. Bref, cette soirée nous réserve plein de surprises. On se réjouit déjà tous se retrouver en cette future occasion et nous le savons pertinemment, Marmite ou pas, nous continuerons tous à nous voir !
    Alice Izzo

    Rencontre du 14 mars avec Maurizio Lazzarato
    Nous recevons aujourd’hui Maurizio Lazzarato dont la venue prévue au mois de décembre avait été annulée suite à un souci de santé temporaire.
    Plane encore l’appréhension d’avoir à faire à quelqu’un d’hermétique. Nous craignons d’être perdus face à sa grande érudition en économie, sociologie et philosophie.
    Mais dès l’accueil dans le jardin, les choses s’engagent favorablement. Lillo qui est Sicilien trouve les mots qu’il faut pour accueillir généreusement Maurizio originaire du nord de l’Italie.
    Un tour de table, chacun se présente et se raconte simplement. Quelques chiffres : Mimi nous parle de ses 6 enfants et 5 petits enfants, Michèle de ses 4 enfants et ses 2 maris, Aurore, la benjamine de 26 ans est depuis 1 an et demi à Genève et Laurence à ATD depuis 2012. Lillo est dans le mouvement depuis 17 ans, craignait d’abord qu’il ne s’agisse d’une secte avant d’y entrer via les bibliothèques de rue. Il nous raconte la joie d’aider et la force qu’il y a puisé. Marie-Thérèse a parcouru pendant 15 ans les routes en caravane, travaillant dans la fripe et sur les marchés et Ana, qui est à Genève depuis 30 ans, sera exonérée d’impôt pendant 10 ans si elle retourne profiter de sa retraite au Portugal ! Enfin, Cathy volontaire depuis 25 ans dans le mouvement et qui reprend pour notre hôte l’histoire d’ATD et du centenaire de la naissance de son fondateur, Joseph Wresinski.
    Maurizio se présente à son tour. Issu d’une famille ouvrière italienne dont 4 oncles émigrèrent en Suisse, il passe rapidement sur ses longues études universitaires, donne l’impression d’avoir cumulé les petits boulots en gardant soigneusement son temps libre pour étudier la philosophie. A écrit une dizaine de livres, voyage, donne des conférences et contribue à la création d’installations artistiques.
    Nous parle de ses premières expériences de l’injustice, « pas bien compliqué d’en trouver quand on est né dans ce milieu »: les grèves du mouvement ouvrier, le manque d’argent qui s’ensuit, le crédit, l’endettement. Ses parents l’encouragent à étudier pour ne pas aller à l’usine comme eux ; ses potes filoutent.

    Le tour de questions s’engage facilement. Aucune n’a vraiment été préparée à l’avance mais il y a dans le groupe la mémoire des œuvres rencontrées lors de notre parcours. Notre thème « l’expérience de l’injustice » ainsi que le vécu de chaque participant, militants aux coeur de la précarité nous a chargé de mille indignations et réflexions qui résonnent parfaitement avec les domaines de recherche de Maurizio.
    Mimi : « pourquoi n’allons nous pas manifester pour nos droits ? »
    Marie-Thérèse : « ma famille était dans la politique , alors… » s’ensuit un long silence lourd de sens.
    Michèle, emplie de colère: « il ne faut pas prendre de crédit et faire la révolution ! »
    Ana: « Ce n’est pas la faute aux riches mais aux pauvres qui restent immobiles alors que nous avons la connaissance. Il ne faut pas lutter contre la pauvreté mais contre la richesse ! »
    Lillo: « Allez manifester ! »
    Jean-Marie interroge la viabilité des expériences « vertes » alternatives et demande si l’argent gardera toujours sa valeur.
    Cathy: «  La misère n’est pas qu’économique. C’est aussi le défaut de considération, l’enjeu de la dignité face à la domination. »

    Maurizio écoute, répond, contextualise et remet en perspectives chacune de nos interrogations et remarques. Il les reconnait comme très pertinentes. Avec simplicité – et parfois de l’humour – il démonte par exemple le concept de «La main invisible du marché » de l’économiste écossais Adam Smith. Il rappelle aussi que par le passé des expériences de structures sociales ou économiques alternatives ont été tentées.
    Ainsi, au chapitre des résistances possibles, il rappelle qu’au XIXe siècle on faisait grève « ensemble » alors qu’aujourd’hui l’atomisation de la société et la mise en compétition de chacun contre chacun a éloigné l’idée commune d’une révolution. « Tant qu’on ne touchera pas au porte-monnaie des riches… » Idem pour la dignité: elle se gagne et « s’arrache » mais n’est pas donnée.
    Il y a une saine révolte, assortie d’un sentiment d’impuissance et d’injustice mais tous avons l’impression de mieux comprendre les ressorts de ce système qui exploite et humilie. Nous structurons ensemble une pensée critique et y associons également nos ressentis, nos expériences.

    De quoi s’agit-il ? une rencontre ? un débat ? une université populaire ? Un échange ? Tout cela à la fois et cela fait sens.
    Maurizio et Mathieu filent à l’université de Lausanne ou Maurizio donne une conférence. Nous avons la tentation d’y aller, car chacun se demande, conquis, si ce monsieur est capable d’être compliqué, alors que son penchant naturel semble la simplicité et le plaisir de transmettre.
    D’aucuns rappellent en riant que Mathieu, tout pareillement, peut-être bien plus complexe à l’écrit qu’à l’oral !!
    Jean-Luc Riesen

  • FEVRIER 2017

    Lettre du groupe au Musée de l’Alimentarium
    ATD-Quart Monde, Genève
    La Marmite
    5, ch. Galiffe
    Ch- 1201 Genève

    Genève, 17 février 2017
    Madame, Monsieur,
    Jeudi 12 janvier dernier, nous sommes venus visiter l’Alimentarium, dans le cadre du grand projet culturel La Marmite (www.lamarmite.org) qui accompagne en l’occurrence tout un groupe de personnes membres d’ATD-Quart-Monde sur la thématique «L’expérience de l’injustice». Votre Musée est un bâtiment superbe, luxueux, il présente de nombreux éléments informatifs et les participant-es l’ont visité avec curiosité.
    Cependant, nous avons tous été surpris qu’un musée de l’alimentation ne présente pas, voire occulte plusieurs thèmes centraux de cette question d’intérêt public : le problème des famines, de la répartition de la nourriture dans le monde, de l’impact des industries agro-alimentaires sur les terres et de la bio-diversité, celle du modèle de marché capitaliste et de ses conséquences sur l’accès aux ressources (privatisation de l’eau, etc.), celle du rôle des travailleurs et des syndicats dans le processus de production alimentaire et enfin celle du traitement réservé aux animaux.

    Cathy : « L’alimentation c’est un combat depuis toujours pour survivre ! On ne s’en rend pas compte et le musée n’en rend pas du tout compte ! Il n’est jamais question du droit à l’alimentation. Il est pourtant difficile pour certains de nourrir leur famille, ils souffrent de famine et n’ont pas le choix de quitter leur village dans l’espoir de subvenir à leurs besoins. On dirait que tout le monde mange à sa faim ! ». Nous aimerions savoir pourquoi ces éléments sont, dans leur grande majorité, passés sous silence, ou à peine traités ?
    Autre sujet de surprise pour tous, la pièce interactive qui présente la chaîne de production de la graine ou de l’animal au produit conditionné (mozzarella, moutarde, sticks de poisson, etc.).
    Michèle : « J’ai trouvé la première salle interactive très jolie » mais « on ne sait pas combien sont payés les Africains pour la récolte du cacao. »
    Chantal : « Le mur interactif, c’est de la simplification ! Ça passe directement au produit fini ! On voit un buffle et paf, ça se transforme en une pizza avec mozzarella. C’est n’importe quoi ! Je ne suis pas venue voir Nestlé ! ». « Le prix me pose problème, 2 francs un kilo de tomates, comment sont-elles produites ? Combien touche réellement le producteur ».
    Jean-Marie : « La première salle que l’on a vue avec le mur interactif, lorsqu’on voit le passage d’une graine de moutarde directement à un tube de moutarde Thomy, c’est n’importe quoi !» ;
    Cathy : « Que peuvent bien penser les enfants qui vont voir ça ? ».

    Cette représentation laisse croire, notamment aux enfants, qu’il n’y a qu’un seul circuit de la nature au produit fini, lui-même d’une seule marque : comme si la mozzarella tombait droit de la bufflonne et que les poissons nous parvenaient directement en sticks. Le monde entier, dans cette vision enchantée, ressemble à une bienheureuse utopie commerciale, sans pénurie ni conflits, sans dommages ni excès. La référence constante, publicitaire, aux produits du groupe Nestlé exclusivement, nous a frappé.
    Pour illustrer ces remarques et réserves, voici un florilège des réactions recueillies auprès du groupe des visiteurs. Elles ne manqueront pas de vous intéresser, nous en sommes certains :
    Jean-Marie : « Ils montraient des produits de mon enfance. La chicorée par exemple, mais ils ne montrent pas du tout comment les gens dans les années 70 faisaient leurs commissions. On ne voit pas du tout l’évolution, le passage des petits commerces aux supermarchés. Avant on faisait ses courses dans l’épicerie du quartier, c’était beaucoup plus chaleureux, ça avait une âme… Le supermarché c’est n’importe quoi ! Il y a moins de contact de proximité, plus de choix peut-être mais ça reste moins convivial ! » ; « Il parlait du chocolat, que c’est un produit suisse mais il ne disait pas que les fèves proviennent d’Afrique, ni n’évoquait les salaires de ceux qui le ramassent et le transforment, c’est injuste pour eux ! C’est pourtant un produit qui est issu de la colonisation ! ».
    Laurence : « C’est un peu hypocrite de dire que le chocolat est un produit suisse. »
    Marie-Thérèse : « J’ai aussi trouvé intéressant de comprendre et découvrir ce que les gens mangent dans d’autres cultures que la nôtre ! Ça donne envie de voyager pour goûter les différents plats des pays » ;
    Mimi : « La projection où l’on pouvait voir les trajets des produits importés et la consommation du carburant engendré par le transport, c’était très intéressant ! ».
    Alice : « Il n’y a pas de transparence sur la chaîne de production d’un aliment. Parfois sur le paquet il est noté que l’aliment est produit en France par exemple, alors que seule la dernière étape de transformation de l’aliment a été faite en France. C’est mentir aux consommateurs ! ». « A un endroit dans le musée, ils montraient des produits allégés, mais encore une fois sans vision critique. Désormais, on voit des messages de prévention partout : “mangez moins sucré, moins salé”. Oui, je veux bien mais en même temps ça m’agace car on crée un business qui est basé sur la peur des gens, juste dans l’optique de vendre. Ensuite, ils nous vendent de l’eau minérale “zéro calorie”. Et ils nous vendent beaucoup de bonbons et de chocolats ! Il y a vraiment des problèmes de messages, d’information face à l’alimentation ! ».
    Cathy : « C’est drôle, mais ils ne parlent jamais de la nécessité de manger. Ils parlent de l’alimentation sous l’angle culturel et social mais pas comme un besoin primaire ». « J’ai apprécié lorsqu’on montre l’offre alimentaire des différentes cantines scolaires à travers le monde ». « Par contre, j’ai trouvé terrible lorsqu’ils montrent le dernier repas de condamnés à mort, c’est du voyeurisme ! ». « C’est aussi un manque de dignité lorsqu’on voit des extraits de films avec des personnes énormes et tout ça sans leur donner la parole. C’est utiliser les gens ! Le musée montre seulement des obèses, et fait comme si c’était de leur faute !».
    Aurore : « Je m’attendais à voir un musée de l’alimentation mais pas un musée de propagande pour Nestlé ! » « J’ai vraiment été déçue de ne rien voir dans le musée qui traitait de la famine, des conditions de production peu morale des aliments … ». « Il montre des outils et techniques anciens qui respectent l’environnement, mais rien sur les conditions actuelles de production des aliments : usage de pesticides, mauvais traitement des animaux… On cache tout cet aspect là ! C’est dommage, le musée montre une réalité enjolivée ». « L’inégalité face à l’alimentation n’est pas du tout montrée. ». «Sinon, j’ai trouvé sympa qu’il parle de religion, c’est découvrir l’alimentation sous une autre facette. C’était chouette aussi l’étage du haut lorsqu’il parlait du cerveau ».
    Jérôme : « Il n’y a rien sur la famine, c’est vraiment étonnant ! » ; « C’est un musée très luxueux, on voit que c’est privé car toutes les marques sont visibles. Un lieu public ne pourrait pas faire ça.».

    Certes, votre musée n’est pas une institution publique et il reflète dès lors la vision qui est la vôtre. Mais alors, il serait plus honnête de l’appeler « Musée Nestlé ». D’autant plus, ajoute Mimi, qu’il se présente comme un «bien culturel suisse d’importance nationale» (site internet). Nous pensons donc qu’il serait juste d’aborder les sujets complexes, objets de nombreux débats de société, plutôt que de faire comme s’ils n’existaient pas (Marie-Thérèse : « Ce musée n’est pas assez approfondi ! » ; Jean-Marie : « Et les OGM ne sont pas abordés.». De même, divers éléments sont parfois peu contextualisés (Mimi : « L’exposition est très détachée de son contexte : la Suisse. On parle de plein de pays mais il y a peu d’informations sur la Suisse, c’est dommage » ; Cathy : « Il y avait plein de choses intéressantes à découvrir mais on reste toujours en surface et ça ne va jamais en profondeur ».). Le public n’est pas idiot, et il n’a pas besoin d’un dessin animé de Walt Disney pour parvenir à comprendre des problèmes qui nous concernent tous.

    En espérant que ce retour collectif vous aidera à améliorer les aspects didactiques de l’Alimentarium, et dans l’attente de votre réponse, nous vous adressons, Madame, Monsieur, nos meilleures salutations.

    Pour ATD-Quart Monde Genève
    La Marmite, université populaire nomade
    Chantal Schneider, Jean-Marie Baeriswyl, Lilo di Pasquale, Laurence Pilet, Michèle Piguet dite Mimi, Marie-Thérèse Berruet, Ana Pasteur, Michèle Chehaibi-Kolly.
    Cathy Low, Aurore Sanchez, animatrices ATD-Quart Monde.
    Alice Izzo, médiatrice, La Marmite
    Jérôme Meizoz, écrivain invité, La Marmite

  • FEVRIER 2017

    Séance du 16 février – restitution avec artiste
    Rendez-vous à la Maison Joseph et repas autour de la grande table de la cuisine. Il y a Chantal aux fourneaux, des chants, des rires, on se chambre parmi et les hommes sont priés bien gentiment d’aller faire la vaisselle ! Protestations, rires, café.
    A l’ordre du jour de cette séance, une première constatation : cela a passé si vite, déjà la fin du parcours se profile et il nous
    semble qu’il nous aura toujours manqué de temps pour développer les retours que chacun avait à exprimer suite aux sorties. Il nous reste maintenant deux séances et celle-ci sera largement consacrée à la lettre que nous allons envoyer à l’Alimentarium, suite à la visite de ce musée.
    Sur la base des contributions de chacun, Jérôme Meizoz, notre artiste-écrivain-associé nous avait soumis un premier jet que chacun est amené à compléter ou valider.
    Une première question apparaît : Pourquoi Mathieu nous a-t-il proposé cette sortie alors que ce lieu semble de moralité douteuse !? Avait-il fait la visite au préalable ? S’attendait-il justement que nous options pour un positionnement critique face à l’offre pédagogique de ce musée ?
    Au fil de la lecture de la lettre de nouvelles indignations apparaissent, touchant aux messages que le musée tente – sciemment ou non – de cacher aux yeux des visiteurs.
    – l’inégale répartition de la nourriture dans le monde,
    – le rôle et le problème des colonies, la domination,
    – le lien entre l’aliment et la chaîne de production,
    – le transport des denrées,
    – l’impact des industries agro-alimentaires sur la biodiversité,
    – le modèle du marché capitaliste et ses conséquences sur l’accès aux ressources,
    – le traitement réservé aux animaux,
    – le rôle joué par les industries agro-alimentaires sur les problèmes de santé publique,
    – et, plus généralement, la question du droit à l’alimentation.

    Le groupe a fait un travail critique remarquable et propose des changements dans la structure même du texte afin de renforcer et faire ressortir au mieux les nombreuses manipulations et l’orientation publicitaire que ce musée tente de faire passer sous couvert pédagogique.
    Jérôme, virtuose de la saisie et du copier-coller remanie le texte et nous promet d’envoyer la lettre, après les dernières corrections, dans les plus brefs délais.
    Tout le monde signe. Même ceux qui étaient absents durant la visite du musée ! C’est un travail citoyen et chacun de nous est fier de prendre part à ce petit ouvrage de démocratie. Opter pour une signature collective semble aller de soi, nous sommes un groupe avant tout ! Nous nous réjouissons déjà de l’éventuelle réponse de la direction du musée. Affaire à suivre !

    En fin de séance nous reparlons de la possibilité de reprogrammer une rencontre avec Maurizio Lazzarato – la rencontre initialement agendée avait été annulée suite à un souci de santé de notre invité. Il se rendra le 14 mars à Lausanne pour une conférence et propose gentiment de nous rencontrer en cette occasion, quelques heures plus tôt, à Genève. On discute ensemble de la meilleure manière d’aborder cette rencontre. Elle a un petit goût de réchauffé et n’est plus vraiment dans l’actualité de notre parcours.
    Le groupe exprime toujours la crainte d’être dépassé par quelqu’un de compliqué et d’inaccessible. Que faire ? Reprogrammer la rencontre ? Y aller ou pas ? Mais l’envie de partager notre expérience et de l’entendre sur les sujets de nos sorties – l’injustice, la violence du pouvoir financier – est la plus forte. Depuis le temps qu’on en parle et vu que l’occasion se présente, il serait dommage finalement de ne pas le rencontrer ! Malgré la contrainte de l’horaire qui empêchera certains de venir, nous nous réjouissons de ce prochain moment d’échange.

    P.S. (Post-séance) : Quelques jours après cette séance, Cathy nous communique par e-mail qu’elle a reçu un appel téléphonique et par la suite un e-mail de la responsable-clients de l’Alimentarium ! Cette dernière voulait nous remercier de notre visite – ajoutant ensuite que notre lettre était très complète et approfondie. Elle finit par demander une adresse e-mail afin d’accuser réception de notre lettre. Puis dans le courriel qui a suivi, elle nous fait savoir qu’une réponse détaillée nous sera envoyée ultérieurement par leur Conservateur des Sciences de la Nature ainsi que par la responsable de la médiation culturelle ; elle termine son mail en nous remerciant à nouveau d’avoir donné un feedback à leur nouvelle exposition. Nous sommes plus que ravis d’apprendre cette nouvelle. Impatients de recevoir la réponse, nous sommes déjà heureux que nos remarques et commentaires soient pris au sérieux et en considération !
    Alice Izzo et Jean-Luc Riesen

  • JANVIER 2017

    Séance du 12 janvier 2017 – Visite de l’Alimentarium de Vevey
    Visite préparatoire en solitaire (10 janvier 2017):
    Notre prochaine sortie approche à grands pas ; en cette prochaine rencontre nous irons visiter l’Alimentarium de Vevey. Jean-Luc, mon collègue médiateur et désormais ami, ne pourra pas être présent pour cette sortie. Il me faudra préparer cette visite en solo. Je décide donc prendre le train pour me rendre à Vevey et découvrir ce musée dont j’ignore tout.
    J’arrive devant ce majestueux musée faisant face au lac. J’admire la vue puis me décide à entrer. L’expo est organisée en trois secteur : Aliment « Qu’est-ce que je mange » ; Société « Comment je mange » ; Corps « Comment je perçois ce que je mange ? Pourquoi je mange ? Quel impact ont mes choix sur ma santé ? ».
    Je me promène, je passe de salle en salle. J’analyse et essaye d’imaginer quel type de propos je pourrais formuler pour notre visite en groupe. Je réfléchis comment rattacher un discours à ce qui m’est présenté. Je peine, j’aurais voulu que Jean-Luc soit avec moi. Echanger avec lui sur ce que j’ai devant les yeux.
    Le musée est magnifique, à peine remis à neuf ; on peut voir qu’ils n’ont pas lésiné sur les moyens. Mais quelque chose en moi me dérange profondément. J’ai visité l’exposition en gardant en tête le fil rouge de notre parcours : le sentiment d’injustice.
    Durant cette visite j’en ai fait l’expérience. Tout est traité de manière superficielle et cela au prix de grandes réductions, simplifications. Le pire, peut-être, tient aux omissions : pas un mot n’est dit sur la famine, la répartition inégale des ressources dans le monde, la privatisation des ressources, les conditions d’élevage, les cultures intensives, l’usage de pesticides, d’OGM, sans traiter bien sûr de leur impact sur l’environnement, etc.
    Je n’ai pas d’autre choix, il me faudra discuter avec le groupe non pas de ce que le musée montre mais au contraire de ce qu’il cache, ce qu’il omet de dire.
    Sur le trajet du retour, confortablement installée dans mon train, je me pose tout une série de questions. Pourquoi avoir choisi ce musée en particulier dans la programmation de notre parcours ?
    La raison la plus évidente semble se rattacher au nom de notre groupe Jeanne des abattoirs, de plus nous sommes allés voir la pièce La Boucherie de Job à la Comédie de Genève donc aller voir un musée sur l’alimentation, ça a du sens. Mais je me pose surtout la question de savoir si Mathieu l’avait-il visité au préalable ? Etait-il au courant des drôles de choix « pédagogiques » que ce musée offre ? Je lui poserai la question.

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    Visite en groupe (12 janvier 2017):
    Aujourd’hui pour la première fois durant notre parcours, nous quittons le territoire genevois. On se donne rendez-vous à la maison Joseph. Cathy a gentiment proposé de mettre à disposition le mini bus d’ATD Quart Monde. Elle sera même notre chauffeur ! Nous nous installons dans le bus, on se croirait partant en vacances. Jérôme, qui vit sur Lausanne, nous rejoindra directement en train à Vevey.
    Durant le trajet, on me demande si je me suis déjà rendu à l’Alimentarium. Réponse positive ; j’explique qu’il m’a fallu préparer cette sortie. On me demande alors si j’ai apprécié le musée.
    J’essaie de rester vague, je réponds simplement que le musée appartient au groupe Nestlé et que ça se voit.
    Nous retrouvons Jérôme devant le musée. Une fois à l’intérieur, je propose au groupe de leur faire une petite visite guidée. L’idée serait de visiter l’exposition en optant pour un regard critique et en gardant en tête la thématique de notre parcours « l’expérience de l’injustice » en la mettant en lien avec l’alimentation.
    Nous entrons dans la première salle. Elle nous plonge dans une nature idyllique. Entourés de projections interactives, nous contemplons la formation accélérée des aliments – de leur développement à leur conditionnement. Nous regardons bouche bée une graine de moutarde se transformer en un tube Thomy, sans transition, comme par magie. Qu’est-ce qu’on rigole ! Nous sommes tous d’accord, c’est n’importe quoi !
    Nous continuons la visite, on récolte des informations intéressantes, on se balade, on s’arrête jouer aux bornes interactives mais surtout on soulève les problèmes sociaux et environnementaux liés à l’alimentation absents de l’offre pédagogique du musée.

    ALIMENTARIUM6ALIMENTARIUM5
    On en discute tous ensemble, on rigole de ce musée de propagande Nestlé et, parfois, on se révolte.
    L’alimentation nous concerne tous ! Nous cuisinons, nous fréquentons des supermarchés, nous sommes soumis à l’agressivité de la publicité et aux recommandations de santé publique. En achetant de la nourriture, on pose des choix. On privilégie certains modes de production, de transformation et de distribution alimentaire, qui ont un impact direct sur l’environnement, la société et notre santé. On en conclut que nous ne sommes pas égaux face à l’alimentation et qu’il est grave que ce musée n’en dise rien.
    Une fois l’exposition parcourue en long et en large, nous quittons le musée. Les remarques fusent de tous les côtés. Le besoin se fait ressentir de discuter à chaud de ce que l’on a vu et pensé de cette exposition. Nous nous installons dans un petit café afin de pouvoir en traiter tous ensemble. Place au tour de table, l’un après l’autre nous partageons notre opinion au reste du groupe.

    Ce musée nous pose problème. Impossible de rester dans le silence ; en parler ensemble nous fait du bien mais il nous faut passer à l’acte, agir en tant que citoyen. Il est grand temps de se faire entendre. C’est décidé, nous allons rédiger une lettre à l’attention de l’Alimentarium !
    Alice Izzo

  • DECEMBRE 2016

    Séance du 9 décembre 2016 Rencontre (annulée) avec Maurizio Lazzarato
    Triste nouvelle pour le groupe Jeanne des abattoirs en ce vendredi 9 décembre, la rencontre avec le philosophe et sociologue Maurizio Lazzarato est annulée. Souffrant d’un lumbago sévère, il est impossible à notre hôte de se déplacer.
    Mathieu nous fait savoir que le comédien Claude Thébert – qui devait participer à la conférence publique – propose gentiment de lire des extraits du texte de Lazzarato. Nous acceptons sa proposition avec plaisir. D’autant plus que nous avions prévu une petite surprise pour le groupe après la rencontre : se réunir autour d’une fondue pour permettre de traiter de nos réflexions à chaud, mais surtout passer un moment convivial et festif, avant que l’année ne se termine. Après concertation, nous décidons de maintenir le rendez-vous de même que la fondue.

    La soirée débute comme prévu à 18h à la salle Gérard-Carrat. La nouvelle est annoncée au groupe, notre invité ne pourra pas venir ce soir. Petite déception ; qui répondra aux questions que nous lui avions préparées ?
    Comment pourrait-on réguler la balance et réduire les inégalités ? Y a-t-il des solutions ?
    Pourquoi les riches prennent de haut et méprisent ceux qui ne réussissent pas ? L’argent est-il une source de discrimination ?
    Et la question de la dette, on voudrait aussi en parler !
    Notre spécialiste en la matière est absent aujourd’hui, il ne pourra pas y répondre.
    Déception peut-être mais c’est toujours un plaisir pour le groupe de se retrouver. On discute, on rigole, on grignote un morceau de panettone en attendant les derniers arrivants. Certains se sont perdus, pas si facile de trouver cette petite salle annexe au théâtre de Carouge. Jean-Luc part à leur rescousse.
    Une fois tout le monde réunit, la séance peut débuter. Dernière bouchée de panettone et il est temps de se présenter. Le groupe introduit de manière touchante le rôle de l’association ATD quart-monde puis c’est au tour de Mathieu d’introduire notre charmant invité inattendu : le comédien Claude Thébert.
    La lecture commence. Claude est un très bon orateur mais pas si facile de suivre le flot de ses paroles ! Le contenu des textes de Lazzarato est technique. « Néo-libéralisme », « État providence », « crise économique », « régulation sociale », « machine capitaliste », « déprolétarisation » mais qu’est ce qui peut bien se cacher derrière ces mots savants?
    Ana nous informe qu’en préparation à la séance, elle a regardé la définition dans le dictionnaire du terme « néolibéral » et explique au groupe ce qu’elle en a retenu, ce qui ouvre la voie à une discussion collective autour de ces différentes notions extraites du texte de Maurizio Lazzarato.

    Après s’être creuser les méninges, il est temps de combler le creux dans notre estomac. Discuter, s’expliquer, débattre, ça donne faim ! On marche une centaine de mètres pour se retrouver tous ensemble autour d’une table dans un charmant petit restaurant carougeois. La fondue est bien méritée et l’ambiance est comme d’habitude au rendez-vous !
    Alice Izzo

  • NOVEMBRE 2016

    Retour sur Le Dernier des hommes

    Marie-Thérèse : moi ce qui m’a choquée c’est l’image de l’escalier qui descend jusqu’aux toilettes. C’est très sombre. C’était triste ce pauvre homme écrasé par sa pile de linge que l’on envoie au fond des lavabos, il est un peu abandonné. Ça symbolise la chute sociale, la descente aux enfers.
    Aurore : moi je retiens ce tourniquet qui tourne, qui tourne trop longtemps, c’est comme si l’on veut montrer la fin : la roue va tourner pour lui.
    Echange avec Jean-Luc : à un moment il rentre dans l’hôtel par le tourniquet et voit un autre homme portant le même habit que lui, il est choqué. C’est comme s’il voyait le prochain arriver et prendre sa place, au suivant, …
    Je trouve de l’injustice à 2 moments dans ce film : la première fois c’est lorsque le directeur le relègue aux toilettes, sur le papier qu’il lui remet il est écrit qu’on le change de poste pour cause de « sénilité », cet homme n’est pas du tout sénile il est juste âgé.
    La deuxième fois c’est lorsque sa famille découvre la vérité, j’ai trouvé ça très dur le moment où sa femme rentre dans les toilettes et y découvre son mari dans son nouveau travail, elle a une expression du visage très forte, elle le regarde comme si elle l’avait découvert en train de la tromper ou de commettre un crime affreux alors qu’il a seulement changé de poste, puis elle s’enfuit en courant. Plus tard quand il rentre on pourrait espérer que sa femme a réfléchit et réalisé que ce n’est pas si grave, mais non, il rentre dans la maison et toute sa famille (à qui il a sûrement tout donner toute sa vie) le renie sans qu’il puisse dire mot. Ça c’était triste pour moi.

    Mimi : il était fier d’être portier, tout le monde l’appréciait ; mais la façon dont on lui arrache son costume, avec le bouton qui tombe, ça c’est humiliant.
    Quand il avait son costume il avait le respect des gens mais sans son costume on l’ignore.
    Le directeur lui parle très sèchement, il est trop vieux alors il le met de côté et un jeune prend sa place.
    L’image aussi du petit garçon que les autres enfants « bizute » m’a touchée, il était par terre, tout recroquevillé… L’homme lui a donné des bonbons, c’est un homme gentil.
    Et après tous les gamins lui tombent dessus (sur l’enfant) pour lui prendre les bonbons.
    Je n’ai pas compris la deuxième fin, je pensais que le film se terminait à la première fin, qu’il mourait dans les toilettes, lorsque le veilleur de nuit lui met la veste dessus.
    Je ne comprends pas pourquoi ils ont mis une seconde partie. Ils auraient dû continuer cette première fin. Je n’ai pas aimé quand il mangeait beaucoup, j’étais mal à l’aise, trop de nourriture. Je n’ai pas aimé cette seconde fin.
    Aurore : les 2 fins étaient extrêmes, c’était tout ou rien, c’était noir ou blanc il n’y avait pas de gris, pas de juste milieu.
    Alice : c’était un homme qui se tenait très droit, qui était très fier. Mais dès qu’on le relègue aux toilettes, qu’on lui arrache son costume il se courbe et prend 10 ans d’un coup. On le met aux toilettes parce qu’il est « trop vieux » mais quelque part c’est ça qui le rend vieux.
    Delphine : la première injustice que j’ai relevé dans le film, c’est lorsque le portier fatigue et que le directeur de l’hôtel le voit, ensuite il le note sur son bloc-note mais sans rien lui dire. J’ai trouvé ça cruel.
    J’ai trouvé trois points communs entre le film Le Dernier des hommes et la pièce La Boucherie de Job : le profit, la fierté et l’humiliation.
    Michèle : c’est pas si simple les films muet mais je regarde les expressions des visages et grâce à ça je comprends. Avec mon mari c’était pareil, on regardait des films en arabe, moi je ne comprenais pas l’arabe mais grâce à l’expression du visage des acteurs je comprenais le film.
    J’ai été touchée par la scène de la petite fille « bizutée ». Nous aussi nous étions habillés comme ça autrefois.
    C’est encore une réalité d’aujourd’hui que les patrons prennent les employés de haut.
    J’ai été touchée par le veilleur de nuit parce que c’est le seul à être solidaire avec lui.
    J’ai été choquée par les commères parce que ça aussi c’est encore beaucoup d’actualité.

    Laurence (par téléphone avec Cathy) : j’ai beaucoup aimé rentrer dans le noir et blanc, je me suis laissée prendre par le personnages et par l’action. Etre ensemble cela m’a aidée à regarder ce film, j’ai trouvé ce film très touchant.
    La deuxième fin n’est pas une bonne fin, la bonne fin aurait été de lui rendre son travail. On voit qu’il rêve et son rêve c’est dans son travail, c’est ça son vrai rêve, sa fierté. Il ne rêve pas de billets de banque. Dans les rêves qu’on fait il y a des choses vraies qui ressortent.
    Dans la deuxième fin il a du cœur pour celui qui a eu du cœur avec lui et il ne rend pas la méchanceté à ceux qui ont été méchants envers lui.

    Cathy : les gens se moquent de lui parce qu’il a perdu son travail, il perd la reconnaissance des autres, il perd sa fierté, sans son costume il n’est plus rien. Et le plus triste c’est que lui aussi il ne se sent plus rien. Malgré tout il reste un homme mais lui-même ne se sent plus rien.
    Il y a de la violence dans ce genre de quartier, mais c’est la misère qui est violence. Moi lorsque j’ai vécu dans un quartier très pauvre aux Philippines j’ai été témoin de gestes de solidarité, mais c’est aussi beaucoup parce que c’est une question de survie.
    Souvent on se comprend quand on vit la même expérience.
    Il y a la question du mépris d’hommes envers d’autres hommes. La question des discriminations.

    Ana : on se sent différents, humiliés, je me suis trouvée dans des situations où je me sentais à part, moins que rien.
    Par exemple : j’ai vécu dans une famille, à la campagne. On vivait pauvrement. Portugaise, je me souviens d’un voyage à Lisbonne avec mes cousines (plus fortunées que moi) lorsque j’avais 8 ans environ. Le voyage en bus était très long. A l’arrivée, je me souviens j’avais peur, j’avais faim. Lorsque nous sommes arrivés mes cousines et leurs parents sont allés manger dans la salle à manger mais moi on m’a laissée dans la cuisine. Mon corps ressentait que ce n’était pas juste, pas normal. Je ne connaissais pas encore ce mot d’ « injustice » mais ce jour là j’ai senti cette différence.
    Après ce voyage je n’ai plus jamais rien voulu de mes cousines, même leurs habits qu’elles me donnaient je ne les voulaient plus.

    Delphine : moi j’ai vécu la même expérience mais à l’inverse. J’ai grandi dans une cage dorée, j’ai été exclue à l’école parce que j’étais différente, je n’étais pas acceptée.
    Ma grand-mère était dépressive et avait dépensé toute la fortune familiale. Mon père a travaillé toute sa vie pour récupérer cette fortune familiale au détriment de la vie de famille et de ses enfants. Il y a quelques années, il a perdu une partie de son argent et il ne s’en est pas remis, il est décédé quelques années plus tard. Ma mère a été heureuse, elle était fille unique, elle voulait plusieurs enfants, mon père lui a tout donné, elle a été à l’abri.
    Quand à 40 ans, je me suis retrouvée avec mes enfants, sans mari, sans travail, ce n’était pas évident. Ma mère est venue me dire « il faut que tu partes travailler ». Elle me faisait la leçon, elle était mal placée pour cela. Elle avait très peu travaillé, elle était secrétaire dans une banque, c’est comme cela qu’elle a connu mon père. Elle était mal placée pour me faire la leçon, elle qui n’a plus eu besoin d’aller retravailler durant son mariage.

    Marie-Thérèse posait la question : « pourquoi des gens réussissent et pas d’autres ? Qu’est-ce que cela veut dire réussir ? » Pour moi (Delphine), c’était arriver à mes buts, à mes rêves, et je n’y suis pas arrivée.
    Marie-Thérèse non plus, on est deux lésées et cela malgré la classe sociale différente.
    Chantal : il est très fier cet homme mais il est aussi très fatigué, seulement il ne veut pas le montrer qu’il est fatigué. On a un costume, une prestance tous les jours mais quand on est seul chez soi, moins vu, on peut se laisser aller.
    Remarque de quelqu’un (mais on ne sait plus qui) : finalement l’habit fait le moine, c’est le même homme mais juste le fait de changer d’habit lui en fait perdre sa prestance.
    J’ai beaucoup apprécié les effets d’image à certains moments du film, quand l’hôtel tombe sur le portier par exemple, j’ai trouvé ça intéressant, étonnant.

    Jean-Luc : c’était bien de voir ce film avec vous, car c’était long, on n’est plus habitué à ce genre de film.
    Lorsque tu vis l’exclusion tu es sidéré (exemple du petit enfant juif ou noir) dans l’enfance c’est une violence insupportable. Tu ne sais pas que tu es différents jusqu’à ce que quelqu’un te pointe du doigt (tu pensais être un enfant comme tous les autres jusqu’à ce que l’on te dise « toi tu es noir »)
    Le nouveau portier est jeune et beau, c’est comme à la guerre il n’y a pas de sentiment, pas d’état d’âme, la machine prend du neuf, s’il y en a un qui meure on le remplace. Mais le directeur lui aussi un jour se fera remplacer.
    Il n’y a pas de place dans la société pour les personnes âgées.
    Même ses voisins ne le soutiennent pas, ils s’écrasent les uns les autres pour essayer de se sortir la tête de l’eau.

    Marie-Thérèse : quand on est moins rentable on n’est plus utile.
    Pourquoi la pauvreté ? Qu’elle est la base de la pauvreté ?

    Marie-Thérèse (par téléphone avec Aurore) : Suite à la lecture de ces 2 questions : « Pourquoi la pauvreté ? Qu’elle est la base de la pauvreté ? » Marie-Thérèse rajoute :
    D’où vient la pauvreté ? Comment ça se fait qu’il y ait autant de pauvres ? J’ai regardé les infos ils disent qu’il y a de plus en plus de travailleurs pauvres, des gens qui gagnent 1200€ (en France) et qui ne peuvent pas s’en sortir alors qu’ils travaillent.
    C’est comme à Clermont-Ferrand ils viennent de fermer une usine de tabac car elle a été rachetée par une compagnie britannique qui va délocaliser. Les employés ils vont tous être au chômage, certains peut-être ils ont des crédits pour la maison, comment ils vont faire ? ils vont être embêté !
    Ça me fait penser à la pièce de théâtre La Boucherie de Job, à cet homme qui lutte pour garder sa boucherie et qui quand même se retrouve en bas avec plus rien.
    Lorsque tu perds ton travail tu n’as plus le même train de vie, tu ne peux plus faire ce que tu faisais avant parce que tu n’as plus le même budget.
    Aurore : Mais là dans le film ce n’est pas une question d’argent, il change de poste mais on ne sait pas si son salaire change ?
    Marie-Thérèse : Oui là c’est pas l’argent mais c’est la dignité. Il planque son costume puis il va le rechercher pour le remettre pour rentrer chez lui. Il ne veut pas perdre sa dignité, il ne veut pas se rabaisser. Il n’est pas à son aise à cause du point de vue des gens, de son entourage. Avec l’uniforme il se sentait plus fort, il était fier et il avait une certaine importance.

    Lilo (par téléphone avec Cathy) :
    C’est la première fois que je voyais un film muet mais en fait j’ai vu des Charlie Chaplin et j’aimais ça. A mon travail, ils ont fait une sortie à la maison de Chaplin à Vevey mais moi je suis allé à une autre sortie. Ce serait bien d’aller visiter, il paraît que c’est bien. Les films sous-titrés c’est encore pire, car je ne comprends pas, regarder le film, les sous-titres c’est trop. C’était difficile pour moi, peut-être moins pour les autres. Les films noir et blanc, j’aime bien, c’est original. Mon père nous en passait souvent. J’ai des photos noir blanc de familles, de mariage, c’est original.
    Deux moments m’ont marqué :
    A un moment, on voit le quartier, les femmes sur les balcons à nettoyer les tapis. Cela m’a fait pensé à ma mère en Italie, à l’époque on faisait comme cela, on se parlait entre voisins, voisines tout en pendant son linge. Je me rappelle petit on discutait dehors, on était dehors. Ma mère elle allait au fleuve laver le linge, être ensemble, discuter, on faisait cela. Aujourd’hui, tu ne peux pas faire cela, pendre ton linge, avant personne ne disait rien. Aujourd’hui, tu fermes ta porte pas avant, en Italie, il y a aussi beaucoup de vols, ma tante s’est fait voler récemment, beaucoup de mafias, beaucoup de vols de gens de l’Est qui passent. On n’arrive plus à vivre.
    Un autre moment, celui où les enfants tapaient un autre enfant, ils se moquaient de lui, ils l’ont abandonné, l’ont laissé seul.
    Cela me rappelait l’époque où j’étais enfant en Italie, on se bagarrait avec d’autres enfants. Je me souviens d’une vieille dame qui tricotait dehors devant sa porte. Un autre enfant m’avait tapé, je pleurais et elle avait attrapé ce garçon en lui disant de ne plus le faire. Elle m’a fait rentrer chez elle, m’a donné un chocolat et a appelé ma mère.
    Le vieil homme il a été licencié parce qu’il était vieux mais est-ce que ce n’était pas aussi lié à son aspect physique avec sa grosse moustache, ses cheveux, il n’était pas vraiment présentable. Et un patron si tu n’es pas présentable même si tu es bosseur, il te prend pas.

    Jean-Marie (nous a remis en main propre un papier avec ses réactions) :
    J’ai trouvé ce film superbe.
    Ce qui m’a impressionné c’est de voir cet homme au début qui était droit dans sa posture et au fil du film il se courbait car il avait perdu son emploi de portier ; son directeur le reléguant dans un emploi aux toilettes.
    J’ai vu que cet homme était frappé d’injustice et il ne pouvait pas se défendre par lui-même car tout était contre lui.
    J’ai trouvé superbe la réalisation du film, les trucages, les déplacements des caméras et j’avais l’impression qu’on voyait toute l’équipe dans le film, il y a une osmose entre eux.

    Remarques :
    Lorsque le directeur le convoque et lui remet le papier qui lui explique qu’il n’a plus sa place à l’entrée mais qu’il doit désormais aller au toilettes, plusieurs personnes du groupe ont mal compris cette scène, elles pensaient qu’il était envoyé en maison de retraite.
    La dame qui est avec l’homme, ce n’était pas clair, certaine personne du groupe ont pensé que c’était sa femme et d’autres ont pensé que c’était la mère du nouveau mari de sa fille.

    Aurore Sanchez, volontaire ATD Quart Monde (pour la restitution)

    Texte écrit par Michèle Piguet suite au visionnage du film Le Dernier des hommes 
    C’est une histoire d’un portier du grand hôtel « Atlantic ». C’est un homme important et admiré de tous et il est très fier. Il occupe une fonction respectable que son costume désigne aux yeux de tous. Dans le quartier il est respecté et envié.Or un matin, en arrivant à son travail, il constate qu’il a été remplacé par un jeune. Le directeur de l’hôtel lui explique que le temps est venu pour lui de céder sa place et lui annonce sans ménagement que cette mesure est due à son grand âge.On lui arrache sa somptueuse veste qui est toute sa raison d’être et on le relègue au gardiennage des lavabos, à l’entretien des toilettes.
    C’est la pire des humiliations.
    Abattu, humilié, le pauvre homme revient le soir en cachette pour récupérer son vêtement et s’en revêtir afin de ne pas paraître diminué devant les gens de son quartier.
    Mais sa femme va à son travail, elle voit que c’est un jeune qui l’a remplacé et le retrouve aux lavabos. La femme revient chez elle, elle le dit à la fille, et les voisins l’entendent. Tout le quartier le sait et tourne le pauvre homme en ridicule.
    A bout de force, encore plus humilié, il s’enfuit et se réfugie dans les toilettes de l’hôtel où un veilleur de nuit le découvre prostré. Le veilleur de nuit lui met un manteau sur lui.
    Dans ce film, un épisode m’a beaucoup touchée. C’est quand un petit garçon que les autres tapent avec violence, il est à terre et c’est émouvant quand le vieux portier vient vers lui et lui demande ce qui s’est passé. Le vieil homme sort de sa poche un cornet de bonbons ou de chocolats et les lui tend. Avant de partir, le vieux portier lui donne le paquet en entier mais les copains lui tombent dessus pour lui prendre le paquet de bonbons.
    Je n’ai pas compris la deuxième fin où il devient riche et où il se goinfre avec le veilleur.

    Texte écrit par Delphine suite au visionnage du Dernier des hommes
    Après une nuit de sommeil, voici ce que j’ai retenu du film Le Dernier des hommes :
    J’y ai vu un homme, d’un certain âge, fier de son rang au sein de l’hôtel où il est employé. Cela se voit par son costume, sa façon de se tenir (droit), se miroitant dans le miroir et prenant soin de sa personne et de son image.
    Tout en étant quelqu’un, il garde une gentillesse infime auprès des réprimandés. Il est humble.
    Comme il a un certain âge, qu’il a dû prendre sur lui pour transporter une valise trop lourde car il n’y avait pas de porteurs disponibles à ce moment-là, parce qu’il a ce dévouement de l’emploi (rendre service, alors que ce n’est pas son travail), il prend un tout petit moment légitime pour se remettre de cet effort. L’injustice commence là, par ce patron, qui l’a vu à cet instant, notant sur son calepin sans comprendre son employé, sans aller auprès de lui s’informer.
    A aucun moment du film, l’employeur, le directeur de l’hôtel, n’a pris le temps pour écouter ses employés, on sent, qu’ils sont obligés, coincés. Aucun ne semble heureux de sa situation. Le directeur ne pense qu’à l’image de marque de son établissement et à l’argent. L’humain est omniprésent.
    Parce que sa fille va se marier, il ne peut la décevoir alors en désespoir, il vole le costume parce qu’il n’a pas la possibilité de l’emprunter une dernière fois, son patron le lui aurait refusé. En faisant semblant d’être, il avance fièrement, comme à l’ accoutumée dans son quartier et fête le mariage de sa fille.
    Dans la cité, par sa prestance et son costume, il est envié. Lorsque les gens du quartier découvrent par une commère qu’il n’a plus l’emploi de portier, lorsqu’il rentre chez lui, vêtu de son costume, les gens se moquent de lui. (Injustice) S’il a agi ainsi c’est parce que justement il ne voulait pas vivre ce qu’il vivait à ce moment-là. L’apparence… pourtant, ne dit-on pas, l’habit ne fait pas le moine ? Aucune personne n’a de compassion.
    Sa fille a de la compassion. Sa marâtre et son beau-fils qui d’abord le dénigre revient sur son jugement et l’accepte.
    Au lieu de jeter l’habit de la discorde, il décide de le rendre. Il est honnête et en faisant ce geste, il rencontre l’employé de nuit, la seule personne qui le comprend et le soutient, une personne emplie de compassion.
    La première fin, est réaliste, hélas.
    La deuxième fin, est burlesque et rigolote.
    Les deux sont tristes : dans les deux cas, l’homme n’est pas reconnu pour son savoir et ses compétences. Il n’y a plus de respect ni de dignité.
    Une troisième fin : que le palace change de directeur et que celui-ci étant plus humain, plus près de ses employés, rendent à chacun son poste et sa dignité, et que les toilettes ne soient pas la voie de garage des personnes vieillissantes mais un vrai emploi, digne d’une personne. Par ailleurs, c’est un métier et une image de marque les latrines. Ne dit-on pas que c’est en visitant les toilettes d’un établissement que l’on peut se rendre compte du reste du lieu ?
    Les mélanges des bâtiments et de dessins étaient bien faits.
    Il y a eu trop de temps, trop long (lorsque le ciel s’assombrit pour revenir au matin ; lorsqu’il est saoûl ; le tourniquet tourne, tourne, tourne).
    La lumière orange dans la salle me perturbait, même si elle arrivait à chaque fois sur un point fort du film, cela était-il fait exprès ?
    L’orateur des sous-titres a très bien lu et avait une voix très claire.
    C’était un bon film et j’ai eu du plaisir à le voir, merci.

    Liens avec La Boucherie de Job :
    Profits (fils / directeur du palace), fierté (le père créant son entreprise / le homme) l’humiliation (tous), l’amour et l’humilité. Pour moi, entre La boucherie de Job et Le Dernier des hommes, les ingrédients principaux sont présents dans les deux scénarios, comme ils le sont encore souvent aujourd’hui, tant dans la vie que dans les films que nous voyons à la tv, au cinéma, au théâtre, etc.

  • OCTOBRE 2016

    Retour sur La Boucherie de Job

    Les décors, la mise en scène
    Mimi : « Les rideaux, les couleurs c’était joli »
    Lilo : « C’était original les décors, des fois c’est trop lumineux au théâtre »
    Mimi : « Des fois dans le théâtre c’est toujours le même décor mais là ils jouaient avec les rideaux »
    Lilo : « Comme quand on tourne les pages d’un livre »
    Jean-Marie : « J’ai aimé la mise en scène, puis quand il va chercher la fille, la course, le saxophone, c’était super »
    Alice : « La course avec les effets lumineux ça faisait penser au monopoly »
    Marie-Thérèse : « Lui aussi il s’est mis à nu dans cette scène, il a donné tout ce qu’il avait »
    Cathy : « J’ai aimé la chanson italienne avec la famille derrière le rideau »
    Aurore : « J’ai trouvé très bien la simplicité des décors, les costumes, les jeux de lumière »

    L’affiche
    Chantal : « Je n’ai pas fait de liens entre l’affiche et la pièce de théâtre »
    Cathy : « L’affiche n’est pas emballante »

    L’entracte
    Delphine : « On a tout imaginé à l’entracte mais on était totalement à côté de la plaque » (concernant la deuxième partie)
    Laurence : « Moi j’avais faim, l’entracte était bien, ça ne m’a pas gênée »
    « Après l’entracte on a pas perdu le fil, grâce aux décors, à la chanson… »

    La durée du spectacle
    Marie-Thérèse : « Je n’est pas trouvé ça trop long, c’était bien »

    La première scène avec les légionnaires
    Delphine : « Les légionnaires au début avec le jeu « gagnants-perdants » c’est comme une bande-annonce de ce qui va se passer »

    La scène de la mort de la mère
    Laurence : « Quand j’ai perdu ma grand-maman j’étais comme le père, j’étais comme ça, ça m’a marquée cette scène. La nuit je rêvais qu’elle vivait toujours, je me réveillais en larme. Ma grand-mère était un pilier dans ma vie même si elle était très dure. Pendant 6 mois je me réveillais en pleurant »
    Michèle : « La scène qui m’a touchée c’est quand la maman est morte, ça m’a fait penser à ma fille et mon mari »
    Mimi : « Ça m’a touchée cette scène, ça m’a fait penser au décès de mes parents, ils sont morts à 1 mois d’intervalle »

    La scène où ils tuent le père, la fille et le garçon boucher
    Chantal : « Moi la scène la pire pour moi c’était quand il casse les doigts avec le caillou, c’était la plus dure parce que j’aurais jamais imaginé ça »
    Delphine, Cathy, Alice : « Pareil »
    Jean-Marie : « Moi ça ne m’a rien fait parce qu’on a rien vu, c’était caché »
    Mimi : « C’était assez dur pour moi »
    Jean-Marie : « Mais en même temps c’était comique », « Les 2 personnages qui couraient sur la scène »
    Cathy : « On ne savait plus s’il fallait rire ou pleurer »
    Mimi : « C’est pour cela que je rigolais, de voir ces 2 personnages »
    Delphine : « C’est surtout le caillou remonté plein de sang, je m’en serais abstenue. C’est de l’humour noir et moi j’ai de la peine avec ça »
    Chantal : « C’était vraiment la boucherie là. Tu ne comprends pas, c’est pas possible, ils n’ont rien fait, pourquoi on leur fait ça ? »
    Cathy : « Il y avait cette peur, cette panique de la scène avec ce petit qui bouge partout »
    Laurence : « Il font un travail de crainte non pas pour une ferrari mais pour manger »
    Aurore : « Je n’ai pas aimé cette scène, il y a d’autres façons de montrer que parfois on fait des boulots que l’on aime pas. La scène du père qui revient épuisé par son nouveau travail et qui, quand même pense à sa famille et leur offre des pommes comme petits cadeaux montre tout a fait cela sans pour autant défoncer des gens à coups de caillou. J’ai peur du message que ça peut faire passer : quand on est pauvre on a tellement besoin d’argent que l’on fait des choses immorales jusqu’à pouvoir en devenir assassin ? »

    La scène avec le monologue de l’homme qui se met nu
    Michèle : « Quand l’homme se met nu, je n’ai pas l’habitude de voir ça, je n’ai pas l’habitude de ce genre de truc » , « Moi je suis pudique, je ne peux pas moi »
    « C’est une façon de provoquer »
    Laurence : « Je ne m’attendais pas à ce qu’il enlève son slip »
    Delphine : « J’ai trouvé ça vachement audacieux de se mettre à poil devant tout le monde, c’est pas évident il y a la scène oui mais il y a l’humain aussi »
    Cathy : « Le texte de l’homme qui se met nu était très bien, très fort »
    Mathieu : « Il se met tout nu et à nu »
    Laurence : « Ce monologue est magnifique, ce n’est pas banal du tout »
    Aurore : « Ça ne m’a pas gênée qu’il se mette nu, ça allait très bien avec la scène. Ce monologue était vraiment très fort »

    La scène de la baignoire
    Jean-Marie : « J’ai aimé la dernière scène avec la baignoire, la lumière faisait comme des revenants »
    Laurence : « Pour moi ils sont tous morts et ils se retrouvent tous ; Par rapport à la phrase « c’est les vivants qui rejoignent les morts »
    Laurence : « Et la question de Dieu qui est tout puissant mais qui laisse mourir son fils. Et à la fin il devient humain et laisse ses pouvoirs. Pour les Romains à l’époque c’était incompréhensible qu’un Dieu se mette à la même hauteur qu’un humain. Il est très touchant ce dernier discours. Lui se met à nu tout en restant habillé »
    Aurore : « Je n’ai pas du tout aimé la fin, la mise en scène, les acteurs plein de sang, le père qui se prend pour Dieu, la mère qui revient… je n’ai pas du tout compris cette fin, s’ils sont tous morts, si ce sont des revenants… j’ai été vraiment déçue que la pièce se termine comme ça »

    Autres réactions
    Delphine : « La boucherie de Job, oui c’est vraiment la boucherie, c’est gore »
    « Les comédiens étaient très bons »
    Aurore : « J’ai trouvé les acteurs vraiment très très bons, notamment la fiancé du fils de Boston et le légionnaire barbu »
    Delphine : « Il y a que des jeux de mots, des fois c’est gore »
    « Beaucoup d’émotions »
    Laurence : « On est un peu sous le choc, c’est émouvant »
    Laurence : « Il y a beaucoup de matière, il y a beaucoup à assimiler »
    Aurore : « Je trouve que le réalisateur a voulu évoquer trop de thèmes dans cette pièce, il y a la question de l’économie moderne, des relations familiales, de l’injustice, de l’alcoolisme, la religion… il vaut mieux parler de 3 thèmes en profondeur que de 10 en surface »
    Chantal : « Les dialogues sont forts »
    Laurence : « On dirait qu’il n’y a pas de solution pour bien faire. On veut aider sa famille, on n’y arrive pas. J’ai eu envie de sortir et de me cacher, on ne peut jamais s’en sortir la tête haute. Celui qui tape (avec la massue) ça pourrait être n’importe lequel d’entre nous. On a peut-être jamais fait quelque chose de bien ? (Cathy : il ne faut pas être tourmentée) Il ne faut pas m’inviter à quelque chose comme ça et me dire de ne pas repartir tourmentée. Si on est pas de temps en temps tourmenté on n’est pas des êtres humains »
    Laurence : « Il n’y a pas d’issue à cette vie humaine pour faire quelque chose de bien »
    Laurence : « Tu ne peux pas revenir en arrière une fois que tu as pris conscience d’une chose mais tu peux sombrer dans la folie ou boire pour oublier mais ce n’est pas une bonne solution »
    Laurence : « Quand on est pauvre est-ce qu’on a les moyens d’être gentil ? »
    Marie-Thérèse, Laurence, Cathy : « Il n’y a jamais quelqu’un de totalement bon et quelqu’un de totalement mauvais mais la pauvreté pousse à être méchant »
    Cathy : « La mère a parlé d’une solution alternative mais personne ne s’est penché sur cette solution. Le fils vient avec ses solutions qu’il impose mais à aucun moment il ne réfléchit avec sa famille. Ça éclate totalement la famille. La famille n’arrive pas à se soutenir les uns les autres »
    Laurence : « Le père et le fils se ressemblent finalement »
    Delphine : « Il a un problème avec son père le fils, il veut bien faire mais en fait il fait l’inverse, il le déteste, il lui fait payer quelque-chose de son enfance »
    Delphine : « Tu fais comme tu peux avec les moyens du bord, le père a fait comme il a pu pour son fils » (écho à la propre vie de Delphine). « Ce qui est juste pour quelqu’un n’est pas forcément juste pour quelqu’un d’autre »
    Cathy : « Le fils arrive à faire ce chemin jusqu’à aimer cette fille, son père l’aide à faire ce chemin »
    Marie-Thérèse : « Ce qui m’a émue c’est le combat de ce vieux monsieur pour sauver sa boutique, c’était toute l’énergie qu’il avait mit auparavant qui s’écroule. C’est la société, le système est comme ça. Il n’était pas tout seul, il avait sa famille pourtant »
    Mimi : « Moi aussi j’ai été touchée par le commerce qui ferme. J’ai compris que le fils avait gardé l’argent de son père »
    Chantal : « Et après il le donne au compte-goutte l’argent »
    Mimi : « La secrétaire reste avec le fils pour l’argent. Dans la vie c’est ce qui se passe aussi, les gens restent en couple pour l’argent »
    Delphine : « L’être humain était très bien représenté dans toute sa splendeur, la bonté, la cupidité, le profit, l’amour, la famille, toutes les facettes étaient représentées en totalité, c’est ce qui m’a marquée »
    Delphine : « Tu as beau essayer de réparer les injustices tu retombes dans des injustices »
    Lilo : « Il y avait beaucoup de jugements l’un envers l’autre »
    Lilo pendant le spectacle a dit lorsqu’ils ont sorti le livre de compte « Ah c’est la bible ! », Alice suite à cette réflexion a pensé « Ah maintenant ce n’est plus la religion qui régit le monde mais c’est l’économie »
    Laurence : « 2 choses pour moi en lien avec l’injustice :
    – l’aspect économique : un homme qui travaille dur ne peut pas vivre de son travail, doit se séparer de son employé. La spéculation, les paris c’est horrible, le capitalisme, l’argent aime l’argent plus que les humains. L’économie dans laquelle on vit est complètement biaisée. Tout le monde regarde cet homme couler parce qu’eux ça leur rapporte de l’argent. On en arrive à faire n’importe quoi totalement immoral juste pour vivre. La maman dit : « Je meure de pauvreté » des gens meurent car ils n’ont pas accès aux soins.
    – La condition humaine : on essaie de faire le bien mais c’est difficile. Le fils fait de son mieux, il essaie d’utiliser les outils de l’économie pour sauver sa famille. Est-ce qu’un bien peut sortir d’un mal ? On veut faire un bien mais on fait un mal ? »
    Aurore : « J’ai trouvé de l’injustice dans la scène où la maman coiffe sa fille et lui dit qu’elle est triste parce qu’elle va partir de la maison. J’ai trouvé cet sensation aussi quand le père dit qu’il a tout donné pour ses enfants mais reproche quand même à son fils d’être parti à Boston. J’ai trouvé ça injuste parce que les parents font des enfants, c’est une forme d’égoïsme, ils font des enfants seulement parce qu’ils en ont envie et effectivement ils leurs donnent tout : l’amour, l’affection, et les clés pour être libres et indépendants… Mais quand les enfants sont en âge de quitter le nid, d’aller vivre leur vie, les parents leur reprochent de partir et de les abandonner, on fait des enfants pour nous ou pour eux ? »

    Discussion entre Laurence et Cathy :
    Sur le projet de la Marmite : « Nous on participe à ce projet mais on sait que beaucoup de personnes ne nous rejoignent pas »
    Laurence : « C’est sûr, la survie immédiate c’est une guerre quotidienne. Les personne se renferment, la peur s’installe. Moi tu ne m’as pas connue il y a 10 ans, j’avais peur de tout. Je dois lutter pour ne pas retomber dans ces travers, c’est un effort constant, j’ai remis des choses en question. C’est un travail de tout temps jamais acquis »
    « La Marmite, on montre l’importance de faire ensemble, de vivre ensemble. On montre par un exemple ce qui est possible, ce qu’on apprend ensemble »

    Aurore Sanchez, volontaire ATD Quart Monde (pour la restitution)

  • OCTOBRE 2016

    Retour d’Ana sur La Boucherie de Job

    « J’ai été voir la pièce par moi-même avec 2 amies, cela faisait longtemps que je n’étais pas allée au théâtre »
    « J’ai trouvé cette pièce très dense, il y avait trop de changements, avec le même sujet on aurait pu faire 2 ou 3 pièces différentes. Mon amie aussi a trouvé trop dense. Mais comme ça faisait longtemps que je n’étais pas allée au théâtre je pense que c’est à cause de cela que ça me semblait dense »
    « C’était bien joué, bien écrit »
    « J’avais bien saisi le déroulement de plusieurs parties. Tout allait très vite. Plusieurs vies dans une seule vie et en effet c’était ça »
    « Les 2 légionnaires du début : c’était la problématique de l’argent. Le jeu de vouloir tromper l’autre, de vouloir gagner. Dans un jeu il y a souvent une tendance à rouler l’autre »
    « Ce boucher qui ne pouvait pas payer ses dettes, ne pouvait pas payer le garçon boucher et son fils avec son expérience qui pouvait sauver son père »
    « L’écrasement : ils ont dû disparaître dans un trou. La scène avec la pierre j’ai vu cela comme un désir d’écraser l’autre à ce moment là, symbole de certains qui veulent écraser les autres, force de pouvoir »

    Ce qui m’a touchée :
    – « Le père fidèle à ses valeurs, il est prêt a mourir, prêt a perdre son commerce mais le plus douloureux pour lui c’est de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et de ne pas pouvoir payer le garçon boucher »
    – « Le conflit avec son fils, les solutions du fils dépassent le père car elles ne sont pas en adéquation avec avec ses valeurs et principes »

    L’homme tout nu :
    « J’étais étonnée de le voir tout nu mais ça ne m’a pas choquée. J’ai compris par rapport à la scène. Cet homme à un moment donné a tout perdu. Tout perdre c’est se sentir nu face à soi-même.
    Cet homme est passé par différentes étapes : femme (parce qu’il avait un déguisement de femme à un moment) et homme nu symboliquement libéré quelque part de tout ce qui peut nous empêcher d’être nous-même »

    L’injustice :
    – « Conflit du fils par rapport au père. Le fils ne respecte pas le désir du père, il fait valoir ses connaissances, ses acquis sans tenir compte des valeurs de son père ». Il veut « sauver » la situation avec l’argent et ses méthodes, ses valeurs à lui.
    « Le fils séduit la femme, il utilise tous les moyens possibles pour arriver à ses fins. Il a des valeurs sous condition »
    « Le père est dans le refus des nouvelles valeurs de son fils. Il y a de la non reconnaissance de la « générosité » de son fils. J’ai été touchée par les phrases du père à son fils et la façon de les poser : « ah c’est toi ? .. De l’argent.. ; ta mère t’a écrit… la maladie de ta sœur ? »
    Il prenait le temps de les poser comme s’il attendait la réponse. Mais dans toutes ces questions, il y en a à mon avis une seule ; « ou étais-tu pendant si longtemps ? Le désir caché du père, c’était d’avoir son fils, sa présence, c’est cela qu’il aurait voulu. N’oublions pas que le père appelait le jeune commis « mon fils ».
    Il remet en cause les valeurs du fils, la transmission des valeurs qui étaient les siennes. »
    – « La mère a été la première à mourir. Elle a fait ce lien, elle a renoué avec le fils, pour qu’il les aide. Elle a ce rôle caché de la femme de faire des liens, sa souffrance n’est pas reconnue. Cela a du sens qu’elle soit morte en premier. Pourtant, c’est le père qui aurait du mourir en premier, il portait toute la charge, le poids des dettes, il était fatigué, il luttait… mais c’est bien elle qui est morte avant. Cette femme qui voulait bien faire, son geste n’a pas été valorisé, elle a fini par mourir, n’a pas vu les résultats de son acte. Elle avait ce savoir-faire des femmes. »
    – « La vitesse : Je trouvais que la pièce était trop dense mais c’est peut être pour montrer la société d’aujourd’hui. La vitesse c’est ce qu’on vit aujourd’hui dans la société. Le désir de vivre à 200 à l’heure, tout vouloir faire, tout vouloir dire, tout va trop vite.
    Dans la pièce ils ne se donnent pas le temps de comprendre. Le rôle de la mère qui veut trouver la bonne solution entre le père et le fils, qui se fait un peu médiatrice aussi. Elle voulait bien faire mais c’était trop tard car la vitesse du fils dépassait le père, lui qui a vécu toute sa vie dans sa boucherie avec sa petite famille »
    « Dans cette société on ne respecte pas le rythme de chacun. Certains sont mis de côté car les choses vont trop vite »
    (Anna a donné l’exemple des transports en avion, aujourd’hui c’est difficile d’acheté un billet d’avion, il faut Internet, une imprimante, les flash codes, l’enregistrement… si tu ne comprends pas les nouvelles technologies tu es perdu, le monde va à une certaine vitesse et soit tu suis soit « tu te mets et on te met à l’écart »)

    Aurore Sanchez, volontaire ATD Quart Monde (pour la restitution)

  • OCTOBRE 2016

    Lettre France ATD Quart Monde sur la misère et la culture

    Chers amis,
    Dans chacun de nos groupes locaux, chacune de nos régions, nous nous apprêtons à célébrer la Journée mondiale du refus de la misère, que ce soit pour tous l’occasion de vivre de beaux moments d’échanges, de rencontre et de fraternité, de mettre en route de nouvelles alliances dans le domaine de la culture.
    Cette journée sera la première étape d’une campagne de mobilisation pour l’année 2017 que nous avons tous en tête.
Avec nos partenaires, nous avons choisi le thème de la culture : « Cultivons nos liens, partageons nos cultures ». La culture dans le sens où elle permet de se réconcilier avec soi-même, son histoire et avec les autres ; de se relier à soi-même, aux autres, aux choses et au monde. La culture parce qu’elle seule permet un partage et des échanges dans une véritable réciprocité (j’apprends de toi et tu apprends de moi et ensemble nous sommes créateur de beauté, d’une culture nouvelle…). La culture parce qu’elle permet la reconnaissance de l’identité culturelle propre à chacun et d’exprimer tout haut la résistance des siens. La culture est vivante, elle se construit en permanence.
    La discrimination empêche de dire et de développer sa culture. Les personnes les plus pauvres qui ont vécues tant de ruptures successives ont trop souvent du mal de se reconnaître d’une identité commune avec d’autres.
    Derrière tout cela il y a également la volonté de contrer cette tendance dans notre pays à dresser des populations les unes contre les autres. Nous avons la conviction que les populations d’ici et les populations d’ailleurs peuvent se reconnaître d’un même combat pour la dignité 1 ( 1 « Populations d’ici, population d’ailleurs : un combat pour la dignité » est le nom du groupe de travail mis en place pour approfondir nos engagements avec les populations minoritaires déplacées).
Il s’agit donc de « Culture » dans le sens où elle seule permet de faire ce passage de l’humiliation et l’exclusion à la participation. En ce sens, le thème de la culture est en parfaite adéquation avec le thème retenu par l’ONU au niveau international : « De l’humiliation et l’exclusion à la participation : Eliminer la pauvreté sous toutes ses formes.»
    Nous vous livrons quelques réflexions de Joseph Wresinski sur la culture qui peuvent nous soutenir au moment du 17 Octobre. La première est tirée de son intervention à Beaubourg en 1987 et les autres sont tirés de son intervention en 1985 dans un colloque intitulé « Culture et pauvretés » :
« Entre cette situation de dépendance d’un assistanat et celle d’une maîtrise des Droits de l’Homme, la culture doit faire la différence. Il s’agit tout d’abord de reconnaître la part de culture dont vivent les familles exclues. (…) Car vouloir que des hommes sortent de l’exclusion avant de leur offrir les moyens d’une culture libératrice est un non-sens. Ce serait demander à une population de prendre en main ses lendemains en lui interdisant son passé et son présent. (…) »
    «L’action culturelle est effectivement primordiale. Elle permet de poser la question de l’exclusion humaine d’une manière plus radicale que ne le fait l’accès au droit au logement, au travail, aux ressources ou à la santé. On pourrait penser que l’accès à ces autres droits devient inéluctable, lorsque le droit à la culture est reconnu ».
    « Il est vrai que les hommes ne se reconnaissent pas tous mutuellement. Certains s’imaginent avoir absolument besoin de l’exclusion, du dénigrement d’autres hommes, d’autres groupes, pour s’affirmer eux-mêmes. C’est un fait que, pendant des siècles, la violence faite aux pauvres a été créatrice de sécurité, sinon de culture : elle excluait certains des nôtres devenus pour nous des boucs émissaires parce qu’ils incarnaient ce qu’une société ne voulait pas être, mais dont elle n’était pas à l’abri. Aujourd’hui cependant, la peur de tout ce qui n’est pas nous n’est plus la même, nous réalisons que les hommes peuvent ensemble aller plus loin dans la diversité. Nous savons mieux aussi, en ces temps-ci, que toute action culturelle d’importance qui ne se fonderait pas dans une certaine mesure sur l’unité et le rassemblement de tous les hommes, serait vouée à l’échec, non seulement au regard des idéaux qui nous habitent aujourd’hui, mais aussi parce que pour avoir de l’avenir dans une humanité qui «se mondialise», une culture doit être porteuse d’universel. Serait donc vouée à l’échec à terme une action culturelle qui exclurait trop massivement les pauvres. L’élargissement de notre vision sur le partage de la culture ne va pourtant pas encore jusqu’à prendre en considération les plus pauvres. Tout se passe encore comme si nous refusions l’idée que le Quart Monde puisse être digne et capable de culture, l’idée qu’il puisse s’être forgé sa propre connaissance, une certaine maîtrise de la vie et du monde, fragiles peut-être, mais qui puissent avoir un intérêt pour d’autres. Le Quart Monde, aux yeux de beaucoup, c’est le vide, le désintérêt, l’inintelligence et la non-créativité innées. Le peu qu’il pense est, à la limite, mauvais. On peut essayer de l’éduquer mais il est trop frustre pour qu’on puisse songer partager avec lui une culture. Or, les familles du Quart Monde ont une connaissance et une réflexion sur le monde. Malheureusement, celles-ci sont élaborées en marge du grand mouvement de la maîtrise et de la compréhension du monde, en dehors des courants de pensée et des idées qui ont forgé les cultures humaines. »
    Bonne préparation finale et bon 17 octobre à chacune et chacun !
    Toute notre amitié.
    Christophe, Marie-Aleth et Pascal

  • OCTOBRE 2016

    RENCONTRE DU 6 OCTOBRE 2016

    Retour en groupe sur la pièce La Boucherie de Job, Comédie de Genève

    Après une nuit de digestion. On a envie d’en parler. Ça nous trotte dans la tête. On en parle en petit comité. On raconte la pièce à notre voisine, besoin d’en parler. Puis on en parle, tous ensemble.
    Le décor est simple mais tellement efficace. Ca nous a plu. C’était fluide, pas si long, pas si ennuyant. Ça nous parle. Les facettes de l’être humain sont bien représentées dans toute sa complexité, de la cupidité à la bonté et bien plus encore (humour, relation, famille, amour, sexualité, maladie, économie, violence). On s’y retrouve, c’est intéressant mais parfois c’en est presque trop.
    Dès le début, la première scène annonce la couleur. Mais ça, on le comprend après. On spécule, on joue, on gagne et on perd. On mise sur du « rien ». L’injustice est partout. Tous les personnages passent à plusieurs reprises et de façons différentes par cette expérience. Ce qui est juste pour l’un, est injuste pour l’autre. Les expériences d’injustice se reproduisent, elles prolifèrent malgré la bonne volonté des personnages.
    Parfois il est plus facile de fermer les yeux pour ne plus voir. C’est l’effet miroir, certaines scènes reflètent nos vies. On est mis à nu, même si on est pudique. Beaucoup d’émotions, parfois c’est très dur, comme un coup de poignard. La scène de la boucherie, on est à l’apogée de l’injustice. Un vrai massacre, de la violence, beaucoup de sang versé, c’est tellement injuste. Pourquoi ça leur arrive ? Ils voulaient simplement être heureux !
    C’est le pouvoir de l’argent. La recherche du gain à tout prix, quitte à écraser les autres. C’est la société, le système économique qui veut ça. Le livre de comptes, c’est la nouvelle bible qui régit le monde. On privilégie l’aspect économique plutôt qu’humain. A nouveau, il y a un gagnant et un perdant. La spéculation. C’est détaché du réel ! On n’y comprend rien. Mais le résultat reste le même, c’est la faillite. A la fois finalité et fatalité.
    On y met tout son espoir, toute son énergie, on y consacre sa vie, puis c’est la chute. On perd tout ce qu’on a peiné à construire, son gagne-pain, sa famille, ses valeurs, sa foi.
    Ou peut être que c’est simplement la peur qui les pousse à agir comme ça. Il ne faut pas les juger. En pensant faire du bien, on peut faire du mal. Rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir.
    Mais alors à la fin, sont-ils tous morts ? Sont-ils vivants ? Peut-être sont-ils des revenants. La fin reste floue, insaisissable. Ce n’est peut-être pas une fin mais une ouverture.
    On voudrait pouvoir revenir sur certaines scènes, sur certains dialogues. Relire ce fameux monologue qui nous a tellement touchés. On aurait du acheter le livre à la sortie. Peut-être il n’est pas trop tard pour l’acquérir. On va se renseigner. Ca serait bien de l’avoir.
    On se rappelle de l’affiche. Drôle de choix. Elle ne donne pas envie d’aller voir la pièce. Pourtant on ne regrette pas d’être venus, en groupe avant tout.

    Alice Izzo (pour la restitution)

    COMEDIE1

    Avant la rencontre
    La réjouissance de pouvoir exercer mon beau métier de médiateur culturel dans un cadre enfin à sa grande mesure ! Un beau parcours, des oeuvres à la fois multiples dans leur forme et profondes de sens. A mettre en relation avec un public hétérogène mais constitué, non initié mais curieux, pour un temps long – enfin – et une thématique centrale, l’expérience de l’injustice, qui nous place devant une nécessité, celle d’interroger le monde, « nous dedans ».
    En un mot, l’impression d’avoir le plus joyeux des outils et une comme une mission à accomplir.
    Dans le même temps, un malaise diffus et persistant. Quoi ? Je pense d’abord au trac, naturel à l’anticipation d’une rencontre. Mais à y regarder de plus près, c’est autre chose. La mission justement. Qui suis-je pour aller apporter ma science et ma culture à qui n’en aurait pas ? Quelle prétention ! En fait, me voilà réalisant que j’ai toujours pratiqué (notamment dans les salles d’exposition du Théâtre Forum Meyrin ou au CAIRN) en recevant « à domicile » un public questionnant. Et que cette simple inversion – moi allant chez le « public » – me transforme en sorte de « colon » apportant savoir et lumières.
    Je caricature à dessein mais je retrouve ce doute lors de la première rencontre avec Jérôme Meizoz, écrivain et complice de cette aventure, quelques minutes avant de rencontrer note groupe : l’envie qu’il a de s’excuser d’être artiste ou du moins d’abolir la distance que ce titre savant risque d’imposer.
    Il n’est vraiment pas pareil d’entendre « racontez-moi » que d’aller et dire « écoutez-moi ».
    Et ce d’autant plus que cela semble en contradiction manifeste avec le 1er but recherché : la reprise de pouvoir par un public précarisé. Fâcheuse posture. Comment être ?

    Allons-y, la rencontre (23 septembre 2016)
    Le seuil passé, la simplicité d’un seul mot l’emporte. Ensemble.
    Un très bel accueil, chaleureux et généreux, de la solennité et un peu de gravité dans les mots de bienvenue qui ont été préparés et qui nous sont adressés. Un tour de table. Beaucoup de sérieux, dans le meilleur sens du terme, s’écouter, se dire, est chose sérieuse. Des envies, quelques peurs, des maladresses, de la pudeur. Et des grands rires autour d’une belle table.
    Tous dans la même Marmite. Nous ferons ce parcours ensemble. Tour à tour naïfs et savants pour le plaisir de débattre, d’écouter et d’apprendre.

    Après la rencontre.
    Quelques sujets de méditation donc.
    La culpabilité de celui qui a face a celui qui n’a pas. Pourquoi la porter ?
    L’orgueil de celui qui croit savoir face à celui… qui sait tout autant !
    Le jeu des classes, la lutte des classes, la violence des classes.
    La différence et l’égalité.
    Et une jolie aventure pour prolonger toutes ces réflexions, ensemble.

    Jean-Luc Riesen

Background

Groupe Les maîtres fous

Le groupe est ainsi nommé en hommage au documentaire ethnographique de Jean Rouch. En 1955, Rouch immortalise les pratiques rituelles de la secte religieuse des Haoukas exécutées par les immigrés pauvres d’Accra au Ghana. Ces rites consistent en l’incarnation par la transe des figures de la colonisation. Les drames et les sacrifices d’animaux semblent aider les Haoukas à maîtriser leur situation de dominés, leurs angoisses.
Le groupe Les maîtres fous interrogera nos peurs existentielles et citoyennes, individuelles et collectives.

  • Le groupe

    accrocheLes participantes et participants du groupe Les maîtres fous sont issus d’ACCROCHE – Scène active.

    L’Association ACCROCHE a mis en place ce programme de longue durée, en lien avec les arts de la scène qui offre à des jeunes entre 17 et 25 ans la possibilité de construire leur propre projet, sur le plan personnel et professionnel, dans un environnement collectif.
    Scène Active a offert l’opportunité à 40 jeunes sans formation ni emploi de travailler sur leur confiance, leur envie d’apprendre et leur capacité à travailler en collectif durant une année. Ils ont ainsi pu expérimenter le théâtre, la photo, la vidéo, la musique, la création de costumes, la scénographie ou encore la cuisine. Ces ateliers sont proposés par des professionnels des différents domaines concernés qui ont à cœur de transmettre leur passion pour leur métier et leur exigence.
    Les participantes et participants sont également accompagnés par une équipe de travail social qui leur permet de travailler l’ensemble des aspects favorisant l’élaboration d’un projet, tant sur le niveau personnel que professionnel.
    Au centre du projet réside le fait d’écrire et d’interpréter une pièce de théâtre. Cette année trois représentations du Bal des masqués ont eu lieu au sein du théâtre Pitoëff. Ce sont environ mille personnes qui ont pu apprécier la qualité du travail et l’engagement des participantes et participants.

    Nous remercions les participants de leur concours : Sanaa, David, Jolan, Géraldine, Mireille, Yasmine, Dinis.
    Nous remercions également les relais de l’association de leur précieux engagement : Thomas Gremaud, Eric Kolo, Roxane Sanroman, David Ciocca et Brintha Ratnam.

  • Les artistes

    nicolas-cantillon-laurence-yadiLaurence Yadi et Nicolas Cantillon, chorégraphes et danseurs

    Depuis la création de la Compagnie 7273 (2003), Laurence Yadi et Nicolas Cantillon développent un style de danse invitant le corps à se dérouler sans fin. Leur démarche s’inspire des maqâms propres à la musique arabe. Déjouant le système tonal occidental, ces quarts de ton permettent de jouer entre les notes et donnent une grande liberté de jeu à l’interprète. Nommé multi styles FuittFuitt par les chorégraphes, le transfert de cette technique au corps leur permet de tisser les mouvements entre eux dans une danse ondoyante, spiralée et hypnotique.
    Au fil de leur carrière, Laurence Yadi et Nicolas Cantillon ont créé une vingtaine d’œuvres, allant d’une pièce interprétée dans le silence au concert dansé ; du duo à la pièce de groupe. Celles-ci ont fait l’objet de tournées internationales (Afrique, Asie, Etats-Unis, Europe, Proche-Orient et Russie). Les chorégraphes donnent régulièrement des sessions de formation en Suisse et à l’étranger. Laurence Yadi et Nicolas Cantillon ont remporté plusieurs prix, dont le Prix Suisse de la danse et de la chorégraphie.

    cie7273.com

  • Le spectacle

    Lisbeth gruwez©DRWe’re pretty fuckin’ far from okay de Lisbeth Gruwez

    La peur est un corps humain dans sa forme la plus intuitive, la peur est un corps en transe. Les changements physiologiques concrets que subit le corps constituent pour Lisbeth Gruwez l’amorce de We’re pretty fuckin’ far from okay, la troisième performance de son triptyque sur le corps extatique (après les spectacles It’s going to get worse… et AH/HA.)
 La peur n’est pas une construction culturelle, mais une réaction que notre évolution a profondément ancré dans nos gènes. La peur est directement liée à notre pulsion de survie. Avant même que nous en soyons conscients, notre corps réagit d’une manière drastique. Notre pouls et notre respiration s’accélèrent, nous commençons à transpirer et à trembler. Le corps se prépare pour une décision importante : combattre, fuir ou se figer ?
 Ce sont ces réflexes physiques, et surtout leur impact sur la respiration, que Lisbeth Gruwez passe au crible dans We’re pretty fuckin’ far from okay. Les problèmes respiratoires peuvent déclencher un accès de panique, tandis qu’une respiration adéquate diminue l’oppression, voire la surmonte. Le mouvement de la respiration, source de feedback interne pour la tension et la contraction, le repos et la croissance – tant dans le corps qu’en relation avec l’environnement externe : c’est sur cette corde raide que balance le spectacle, entre retenue et délivrance. Lisbeth Gruwez et Nicolas Vladislav veulent influer sur leur public et le rendre conscient de la dynamique de sa propre respiration. Maarten Van Cauwenberghe, designer sonore, utilise le souffle des performeurs pour créer un collage sonore qui dialogue avec leur corps. Son soundscape génère une tension, il dirige le mouvement et conduit aussi à la contemplation.
Au début du XXIe siècle, on a déclaré que nous vivions dans une « culture de la peur », dans un « état de crise » permanent. We’re pretty fuckin’ far from okay n’offre pas une approche sociologique de la peur dans notre société, il montre ce que l’exposition prolongée au stress inflige à notre corps.

    Lisbeth Gruwez
    Après une formation classique à Anvers puis contemporaine à PARTS, Bruxelles, Lisbeth Gruwez intègre Ultima Vez, la compagnie de Wim Vandekeybus. En 1999, on la retrouve chez Jan Fabre où elle travaille plusieurs années, mais aussi chez Jan Lauwers ou encore dans Foi de Sidi Larbi Cherkaoui. Avec Maarten Van Cauwenberghe, elle fonde Voetvolk en 2006. L’année suivante, ils créent leur premier spectacle Forever Overhead. Suivent de nombreux projets : elle danse avec Melanie Lane dans i!2, une création de Arco Renz, tourne dans Lost Persons Area (2010) un film de Caroline Strubbe, crée son premier groupe de performance HeroNeroZero entre autre, avant d’initier en 2011, It’s going to get worse and worse and worse, my friend. Suivront AH/HA (2014) et Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan (2015).

    batie.ch

  • L’intellectuel

    loi%cc%88c-wacquant-robert-bonetLoïc Wacquant

    Loïc Wacquant est professeur à l’Université de Californie-Berkeley et chercheur au Centre de sociologie européenne, Paris. Membre de la Society of Fellows de Harvard University, lauréat du Prix de la Fondation MacArthur, ses travaux portent sur la marginalité urbaine comparée, l’incarnation, la domination ethnoraciale, l’État pénal et la théorie sociale et sont traduits en une vingtaine de langues. Ses ouvrages comprennent Parias urbains. Ghetto, banlieues, État (2006), Punishing the Poor (2009), Les Prisons de la misère (nouvelle éd. augmentée, 2014), et Invitation à la sociologie réflexive (avec Pierre Bourdieu, 2014).
    Pour plus d’informations : loicwacquant.net

    Le rébus du retour de la prison au 21ème siècle, jeudi 20 octobre 20h, au Théâtre du Loup

     

  • Le film

    Freaks 5Freaks ou La Monstrueuse Parade de Tod Browning

    Freaks (ou La Monstrueuse parade) est un film de Tod Browning, réalisé en 1932.
    Fiancé à Frieda l’écuyère lilliputienne du cirque Tetrallini, le lilliputien Hans est fasciné par la beauté de Cléopâtre, une acrobate, maîtresse de l’athlète Hercule qui vient d’être abandonné par Vénus, dont Phroso le clown est amoureux. Cléopâtre prend plaisir à provoquer Hans qui est de plus en plus épris. Apprenant que celui-ci vient d’hériter d’une grosse somme d’argent, elle décide de l’épouser pour s’approprier sa fortune puis, avec la complicité d’Hercule, de l’empoisonner. Malgré les efforts de Frieda, le mariage a lieu. Au cours du repas de noce Cléopâtre, ivre injurie les phénomènes du cirque rassemblés et humilie Hans. Cléopâtre a commencé à administrer le poison à Hans. Mais le complot est découvert et, pendant une nuit de tempête, les monstres donnent libre cours à leur vengeance…

    Lundi 30 janvier 20h à Fonction : cinéma

    Source : cineclubdecaen.com

  • L'exposition

    expo pas de panique

    Pas de panique! au Musée de la main

    Le Musée de la main à Lausanne propose une exposition intitulée La peur, notre meilleure amie ou notre pire ennemie ?
    Comment la peur naît-elle dans notre cerveau et dans celui des animaux ? Comment se transmet-elle ensuite à l’organisme ? Cette exposition, résolument interactive et ludique, offre un voyage aussi surprenant qu’inattendu au pays de la peur, une émotion que chacun d’entre nous a ressenti sans pour autant en connaître les ressorts intimes.

    museedelamain.ch

  • Les médiateurs

    Barbara OKBarbara San-Antonio
    Travailleuse sociale depuis plus d’une dizaine d’années dans le milieu associatif genevois, très concernée par les questionnements autour de la problématique de la migration, de l’exil, Barbara San-Antonio est également séduite par le mouvement Fluxus…
    Voir la biographie complète

    nicolas OKNicolas Joray
    Après une maturité théâtre obtenue dans le Canton du Jura, Nicolas Joray poursuit des études en anthropologie et en dramaturgie aux Universités de Neuchâtel et de Paris X. Durant son parcours, il a notamment réalisé un court métrage ethnographique sur une compagnie de théâtre genevoise…
    Voir la biographie complète

  • Le partenaire culturel

    La Bâtie – Festival de Genève

    Festival pluridisciplinaire créé en 1977 (musique, danse, théâtre et performances) fait de découvertes et de créations, La Bâtie-Festival de Genève réserve, à travers une cinquantaine de projets, le meilleur de la création contemporaine d’ici et d’ailleurs sur 16 jours, à la rentrée scolaire.
    Chaque année depuis près de 40 ans, le festival exploite des lieux différents de la ville (théâtres, salles de concerts, etc.) mais aussi des lieux plus insolites (musées, citerne, barrage, etc.). Evénement pluridisciplinaire dédié aux arts de la scène, La Bâtie propose une programmation encourageant l’exploration, la découverte et la réflexion. En phase avec son époque, le Festival est à l’écoute de la création contemporaine locale, nationale et internationale. La Bâtie investit à chacune de ses éditions de nombreux lieux à Genève, en France voisine et dans le canton de Vaud. Par l’ampleur de ce dispositif de salles et l’aménagement d’un lieu central festif et convivial, La Bâtie marque la cité et la région de sa présence et participe ainsi pleinement à l’identité de Genève. Sa mission de coproductions de spectacles locaux et internationaux permet de faire rayonner la cité de Calvin bien au-delà de la Suisse.
    Le Festival a accueilli, entre autres, les artistes suivants : Peeping Tom, Toshiki Okada, Alain Platel, Heiner Goebbels, Thomas Ostermeier, Tindersticks, Angélica Liddell, Tiga, Cat Power, Jérôme Bel, Meg Stuart, Wayn Traub, Kornel Mundruczó, Sasha Waltz, Warpaint, Milo Rau, Mark Lanegan, Stefan Kaegi, etc.

    batie.ch

Carnet de bord

  • JANVIER 2017

    JANVIER, retour sur le parcours
    Co-animer ce parcours des « Maîtres fous » a été pour moi un enjeu de taille, un défi stimulant et un plaisir réel. Avec Barbara San Antonio, nous avons dû repenser plusieurs fois la façon dont nous encadrions ce parcours sur la peur. Et si nos visions divergeaient parfois légèrement car notre expérience et notre point de vue ne sont pas identiques, nous avons néanmoins choisi de faire de cette complémentarité une force, avec le sourire. Un beau pari.
    Parmi d’autres moments forts, je me souviens : de la convivialité de notre séance de préparation de la rencontre avec le sociologue Loïc Wacquant, de notre dernière soirée à Carouge, des réactions qu’a suscitée l’exposition « Pas de panique ! » au Musée de la Main, du moment de discussion informelle après le visionnage de « Freaks ou la monstrueuse parade » ou encore de l’énergie des participants qui échangeaient des propos avec Loïc Wacquant.
    En guise de bilan, voici quelques points auxquels ce parcours m’a rendu particulièrement sensible :

    • L’importance de s’intéresser aux expériences artistique ou plus généralement aux expériences de vie des personnes avec qui l’on travaille. Nous avons par exemple découvert des vidéos qu’avaient réalisées les participants à notre parcours dans le cadre de Scène Active. Un moment de partage qui a permis de briser la glace.
    • L’importance de travailler main dans la main avec les travailleurs sociaux qui connaissent les personnes que l’on rencontre. Leur soutien a parfois été précieux, notamment pour convaincre les jeunes de la pertinence de notre projet.
    • L’importance, qui plus est lorsque l’on travaille avec des publics non « captifs », de nouer des relations de personne à personne plutôt que de s’adresser un groupe. Envoyer un message personnalisé m’a semblé mieux fonctionner que de s’adresser à une « masse ».
    • L’importance d’être clair en donnant des indications pratiques – heures de rendez-vous et lieux notamment – afin de créer un climat de sécurité.
    • Et finalement, l’importance de valoriser et de prendre en compte la réaction même la moins visible aux œuvres auxquelles les participants ont été confrontés. Aucune réaction n’est insignifiante. Un mot, une phrase, un rire peuvent mener loin.

    Ce dernier point me semble crucial. Car au final, ce qui me semble le plus réjouissant est le fait que nous avons permis l’émergence de points de vue, de débats, de réactions émotionnelles et intellectuelles à des œuvres exigeantes. Une visée peut-être fragile car jamais gagnée d’avance. Qui sera là ? L’œuvre leur parlera-t-elle ? Comment favoriser l’explicitation de leur ressenti ?
    Une visée souvent modeste. Et en même temps, toujours ambitieuse.
    Nicolas Joray, médiateur culturel

    RENCONTRE DU 31 JANVIER
    Voici venue la dernière séance de notre parcours. Cette dernière a consisté principalement en un atelier de danse donné par Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, les artistes qui ont accompagné notre parcours des « Maîtres fous ». Une demi-douzaine de jeunes a participé à ce rendez-vous (certains ont attrapé le train en marche), en compagnie d’un animateur de Scène Active. La soirée s’est achevée par un repas en commun dans une brasserie.

    Les peurs et la danse
    Pour cette soirée, nous avons rendez-vous dans un petit local de Carouge. Les deux chorégraphes animent cette rencontre dans une lumière tamisée. Après avoir récapitulé ce que nous avons vécu durant ce parcours, le duo de chorégraphes évoque sa propre histoire : d’abord danser à Paris « avec les grands », puis inventer leur propre style de danse. « Il y a une appréhension à faire ça. Une peur d’être ridicule. C’est une peur qui a été un moteur pour inventer le FuittFuitt. » Le thème de notre parcours n’est donc pas très loin.
    Puis les danseurs distribuent un carnet qui présente leur style de danse. On entend le bruit des pages tournées. Une participante demande : « Vous avez joué où ? ». En Palestine, au Moyen-Orient notamment. Est-ce que la peur de monter sur scène peut être vaincue ? Laurence répond : « Il m’est arrivé de monter une fois sur scène sans avoir peur. C’était pourri. » Quelqu’un évoque sa peur du jugement des autres, présente notamment lorsque l’on fait un travail artistique. Laurence affirme que l’on arrive à s’en détacher avec le temps.
    Puis nous parlons plus précisément des peurs qui ont émergé durant le parcours. « Moi j’ai plus trouvé intéressant que flippant », confie un jeune. Une autre ajoute : « J’avais peur de rater les rendez-vous. ». « J’ai peur d’arrêter », conclut une autre.

    L’heure de bouger
    Ensuite vient l’heure de la pratique : une initiation au « Fuitt fuitt ». Les danseurs nous invitent à mouvoir nos bras, notre tête, nos épaules, nos jambes. Ils nous demandent de tordre notre corps de façon souple, sans musique. Les corps se déroulent ou s’enroulent sur eux-mêmes. Et nous terminons cette atelier par une improvisation commune.

    Conclure par un souper
    La soirée se conclut par un repas. Au menu, discussions sur le fitness et sur l’avenir des jeunes. Quelques rires, également. Une belle manière de se dire au revoir. Les danseurs insistent sur le fait que nous sommes les bienvenus lors de leurs répétitions. Notre aventure n’est peut-être pas totalement terminée.
    Nicolas Joray

     

    JANVIER, retour sur le parcours
    Revenir et se remémorer nos premiers pas ensemble dans ce parcours permet de mesurer – toujours – le chemin parcouru même invisible entre les participants et les médiateurs de ce parcours atypique.
    Drôle de proposition que d’aller à la rencontre de jeunes et de leur proposer un parcours culturel quand nous ne nous connaissions pas, juste par l’entremise de Scène Active qui nous introduisit auprès de ceux qu’ils avaient cotoyés de manière forte lors de leur dernière création pour leur saison 2015-2016.
    Nous sommes passés de l’autre côté du miroir quand nous avons accepté chacun d’oser aller vers l’inconnu d’un parcours culturel pour découvrir les propositions de La Marmite !
    Et ces différentes rencontres mises bout à bout ont ouvert un champ des possibles, celui de la connaissance, de la découverte, de l’échange et ont permis un dialogue qui n’existe pas dans la vraie vie avec des jeunes, car quelles sont véritablememt les opportunités de rencontres après un spectacle, un film, une conférence, comment oser prendre la parole en public, comment se dire ?
    Proposer un tel parcours à des jeunes était un défi à relever tant leur vie sont en construction ici et là, entre des études, des cours du soir et des petits jobs, pas facile dès lors de juste se réunir !
    Mais nous y sommes malgré tout parvenus en osant également remettre en question à un moment de notre parcours, un soir autour d’un verre au bistrot Le cabinet, le rythme du parcours et proposé pour la fin une formule plus rythmée, plus condensée correspondant mieux à ce groupe des Maîtres fous et peut-être aussi aux chorégraphes qui nous ont accompagnés !
    Nos réunions ont gagné en succès quand nous avons pu également offrir de quoi sustenter leur appétit et cela a rendu d’autant plus sympathiques nos rencontres, nous avons même rebaptisé la rencontre avec Loïc Wacquant : la soirée hamburger-Wacquant !
    Ce fut là une très belle découverte pour ces jeunes que de visionner ces films tant la révolte reste la même semble-t-il, et questionne d’autant des jeunes qui n’ont pas tous encore trouvé leur « place » dans la société.
    Et on ne sait comment, mais à un moment donné, nous avons fait un peu plus corps ensemble, et avons partagé dans l’intimité d’une arrière-cour à Carouge un dernier échange où les chorégraphes Laurence Yadi et Nicolas Cantillon nous ont révélé leur formule dansée et nous avons dansé le Fuitt fuitt…final d’un parcours culturel pour mieux se découvrir aussi entre participants et médiateurs.
    Alors oui la culture peut réunir et faire tomber des barrières, des a priori mais il faut pour cela se donner un peu de temps et cette médiation culturelle proposée par La Marmite a su relever ce défi  en ouvrant des possibles sur le monde et la culture avec une parenthèse entre des artistes, des médiateurs et des jeunes qui s’est refermée cet hiver après 6 mois de parcours culturel.
    Merci.
    Barbara San-Antonio

    14 JANVIER 2017

    Nous avions envie de donner un aperçu aux participants de ce que sera la point final de notre parcours sur la peur, à savoir une production artistique qui « interprétera » les réactions qu’aura suscité ce parcours. Nous avons donc proposé aux deux danseurs qui nous accompagnent de créer et filmer une séquence chorégraphique qui cristalliserait certains moments vécus par le groupe. Les artistes se sont prêtés au jeu et ont partagé par message une courte séquence de danse filmée. « Trop fou la vidéo ! », a réagi une participante. « Encore, encore ! », a écrit une autre. La suite attendra la fin du parcours.

    RENCONTRE DU 28 JANVIER 2017 (1/2)

    Le samedi 28 janvier 2017, Les Maîtres fous avaient rendez-vous pour l’étape lausannoise de notre parcours sur la peur : la visite de l’exposition « Pas de panique ! » au Musée de la Main. Deux participants étaient finalement présents pour cette virée. Nous avons pris le train pour Lausanne, discuté notamment de leur expérience de visiteurs de musée durant le trajet. Notre déambulation dans le musée a été suivie d’un repas et d’une incursion dans un magasin dédié aux mangas, jeux vidéos et autres univers fantastiques à la demande d’un participant. Le fait d’être en nombre réduit a un avantage : nous avons développé, tout au long de la journée, une qualité d’échange remarquable dans des situations plus ou moins informelles. Les deux participants présents se sont largement exprimés sur leurs conceptions de la peur ainsi que sur leurs intérêts, en général.

    En préambule, des discussions
    La visite du musée a été précédée et suivie de moments de discussion très riches dans le foyer de l’institution culturelle lausannoise. Les instants d’avant la visite ont alimenté l’horizon d’attente des participants en leur permettant de réfléchir à leur vision et leurs expériences de la peur à travers des questionnements – par ailleurs présents dans l’exposition. De quoi peut-on avoir peur dans la vie ? Comment se sent-on physiquement lorsqu’on a peur ? Comment lutter contre la « mauvaise peur » ?
    Voici quelques échos des peurs qui ont été évoquées :
    – La peur du futur. « Ne pas savoir où on va arriver. »
    – La peur de la mort. « J’ai peur de ne pas savoir comment ça va se passer. C’est pas la mort en soi qui me fait peur, c’est le fait que ça s’arrête, qu’on ne puisse pas être éternel, qu’on ne puisse pas finir ce qu’on est en train de faire.
    – L’angoisse de manière générale, « qu’on porte un peu tous les jours, à n’importe quel âge ».
    – Le stress lié à internet, aux médias.
    – La peur positive : un saut en parachute, les montagnes russes.
    – La peur de la solitude. « J’apprécie difficilement. »

    Visite et photoreportage
    Puis est venu le temps de la visite. Au programme, les effets de la peur dans le corps, les peurs chez les animaux, les différences entre bonnes et mauvaises peurs, les phobies et les angoisses, les solutions. Cette visite s’est faite de manière informelle. Les participants ont cependant reçu une consigne : ils devaient photographier trois installations ou lieux qu’ils trouvaient marquants dans l’exposition et expliquer pourquoi.
    Voici le résultat :
    musée1 « Apprendre et savoir qu’il y a d’autres amygdales. J’aime le côté apprentissage. »
    musée2« Le pont où on n’est pas en équilibre, avec les barrières. Je me sens très vulnérable. »
    musée3 « C’est aller vers quelque chose… on ne sait pas ce que c’est du tout. Le stress ! »
    musée4« Les conséquences de la peur. Ça m’a intéressé. Savoir ce que ça provoque. »
    musée5musée6« Ça me fait flipper à mort. J’aime pas trop être regardé-e. J’aimerais bien être transparent-e. Je dois avoir un problème. C’est un truc que je vis au quotidien. »

    Pour finir, des discussions
    Nous avons terminé notre visite par un moment de discussion dans le foyer du musée, verre de sirop à la main. Bilan de l’exposition : « Stylée, dommage que ce soit pas plus long. » « Intéressante, ça explique tous les phénomènes. Ludique et intéressante. Dans l’ensemble ça a bien marché, j’ai eu assez peur. »

    RENCONTRE DU 28 JANVIER 2017 (2/2)

    Après notre visite de l’exposition « Pas de panique ! » au Musée de la Main à Lausanne, deux autres participants au parcours des Maîtres fous sont venus nous rejoindre pour assister à une répétition de danse à Genève. Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, les artistes qui accompagnent notre parcours, nous ont en effet invités à un filage d’un de leur spectacle, afin de découvrir leur univers artistique. Une initiative généreuse et judicieuse !
    Tout d’abord, un café dans l’entrailles du Grütli ainsi que des discussions de couloirs ont été l’occasion pour les deux personnes qui nous ont rejoints d’interroger les visiteurs de l’exposition sur leur ressenti par-rapport à celle-ci. Cela a d’ailleurs été une de leurs premières questions, à toutes les deux, lorsqu’elles sont arrivées : « Alors, comment c’était l’exposition ? ». Un participant a par exemple répondu qu’il avait apprécié l’exposition en la trouvant un peu courte. Une autre personne a évoqué la peur qu’elle a éprouvée lorsqu’elle s’est immiscée dans une installation visant à surprendre les visiteurs. Il semblerait que cette restitution de la visite de l’exposition à l’intérieur du groupe ait suscité des envies, puisqu’une participante nous a demandé s’il était possible qu’elle se rende par elle-même au Musée de la Main pour visiter « Pas de panique ! ».
    Ensuite est venu le moment d’assister au filage du spectacle Tarab.

     

    musée7

    La journée en général, exposition et répétition de danse, a par ailleurs été l’occasion de connaître davantage les participants à ce parcours de La Marmite. Nous avons notamment parlé d’expositions et de danse (de salon, contemporaine), mais également de séries, de livres (science-fiction, développement personnel), de musique (rock, bossa-nova, metal). Ces moments de discussion ont nourri les liens que nous tissons avec ces personnes.

    RENCONTRE DU 30 JANVIER 2017

    Après avoir assisté à un spectacle de danse, après avoir discuté avec un sociologue, après avoir visité une exposition, notre dernière rencontre avec une œuvre a consisté en un visionnage de film. Lundi 30 janvier 2017, nous avons assisté à Freaks ou La monstrueuse parade de Tod Browning à Fonction : Cinéma, en compagnie d’autres spectateurs – cette séance organisée par La Marmite était en effet publique. L’histoire ? Celle d’humains qui font de leur différence (amputation, nanisme, hermaphrodisme, etc.) un métier en travaillant dans un cirque. L’œuvre cinématographique de 1932 interroge notamment notre rapport à la normalité : est-ce que ce sont les gens qui sont censés faire peur à cause de leurs particularités physiques qui font le plus peur ? Ou serait-ce certains gens « normaux » qui sont les plus effrayants ?
    Une demi-douzaine de jeunes ont participé à ce rendez-vous. C’est-à-dire la quasi totalité des personnes présentes en début de parcours. Une réussite pour nous, médiateurs, qui avons repensé le parcours en une formule plus condensée et qui avons relancé les jeunes plusieurs fois en insistant sur l’importance de leur présence lors de ces derniers rendez-vous : récolter leur parole et donner un écho à leurs réactions est en effet un des buts des parcours artistiques.

    « Un lien de solidarité »
    La séance de cinéma s’est poursuivie par des discussions informelles. La plupart des personnes présentes ont apprécié le film. Elles nous ont confié qu’elles avaient bien fait de venir, qu’elles avaient trouvé la proposition artistique touchante ou encore qu’elles avaient eu peur du côté « vieux film » mais avaient finalement trouvé le rythme entraînant. Une spectatrice nous a néanmoins affirmé qu’il s’agissait du « pire film de sa vie ». Raison pour laquelle elle s’est endormie durant la séance. Elle a ajouté qu’elle n’appréciait pas les films qui dataient. À chacun sa réaction.
    Nous avons proposé à ceux qui le voulaient de nous faire un retour par écrit sur le film. Deux participantes nous ont fait ce cadeau :
    – Sanaa : « J’ai trouvé ce film accrochant dès le début et la petite dame qui sort avec Hans trop touchante. »
    – Yasmine : « Pour résumer mon avis sur le film, déjà je dirais qu’il m’a beaucoup plu. C’était divertissant et agréable. Je me suis super facilement plongée dedans malgré son rythme tranquille. J’ai été très touchée par chacun des personnages au fil des histoires qui les relient les uns aux autres (les diverses histoires d’amour et ce lien très fort de communauté, de solidarité) bref par un côté très humain qui ressort dans ce cirque de monstres. Pour un film aussi vieux, je l’ai trouvé accessible et c’était vraiment chouette !
    Il nous parait intéressant que Yasmine soulève ce « lien très fort de communauté et de solidarité » qui unit les personnages de Freaks. Notre groupe s’intitule « Les Maitres fous » en référence au film de Jean Rouch. Il y montre des personnes qui s’adonnent à un rituel. Rituel qui peut être interprété comme une forme de contre-pouvoir face au colonialisme. Une manifestation d’un lien de communauté et de solidarité, justement. N’est-ce donc pas également un des enjeux de notre parcours ?

  • DECEMBRE 2016

    RENCONTRE DE DECEMBRE 2016

    Après une rencontre dense avec le sociologue Loïc Wacquant, nous avons organisé un café pour discuter de ce moment et parler de la suite du parcours. Peu de personnes étaient présentes à ce rendez-vous.
    C’est pourquoi nous avons décidé d’appeler les participants pour prendre la température à mi-chemin de notre parcours. Ce qui ressort de ces appels et discussions individuelles, c’est qu’il existe un intérêt pour notre démarche mais que les jeunes sont passablement pris par leurs autres occupations (école, travail, etc.) ; certains cumulent les « petits boulots ». Parfois, ils peinent à trouver un sens à la démarche et à comprendre la présence des danseurs. Afin de garder le lien de façon plus aisée avec les participants et d’éviter de se faire trop oublier entre chaque rencontre, nous avons choisi de proposer une fin de parcours plus condensée. De plus, nous pensons que cela leur permettra de faire davantage de liens entre ce qu’il leur est donné à voir. Un animateur de Scène Active nous a par ailleurs suggéré que cela correspondait davantage à leur rythme. Et nous impliquerons de manière plus concrète les danseurs dans nos activités – c’est également leur souhait. Nous avons par exemple évoqué l’idée de faire participer les jeunes à une répétition de danse.
    Reste que l’intérêt est là. La curiosité de découvrir quelque chose de nouveau également. Une participante nous a par exemple confié : « Vous remplissez une soif de connaissance que l’on ne peux pas remplir ailleurs. »

  • OCTOBRE 2016

    RENCONTRE DU 20 OCTOBRE 2016

    Hillary Clinton et Donald Trump, le pouvoir des citoyens ou l’économie solidaire. Ce sont quelques-uns des sujets qui ont été abordés lors de notre rencontre d’une heure avec Loïc Wacquant, sociologue spécialiste des inégalités urbaines, du monde des prisons ou encore de la boxe.

    rencontre wacquantEn entrée
    La soirée a débuté par un verre dans un bistrot genevois. Nous y avons accueilli les jeunes qui suivent ce parcours depuis que le début. De nouvelles personnes qui ont rejoint les activités de Scène Active cette année scolaire sont venues s’ajouter à ce groupe. Nous nous sommes présentés dans ce café puis nous sommes déplacés ensemble pour rejoindre le chercheur en sciences sociales.

    Le plat principal
    La rencontre a commencé par une brève présentation des personnes présentes ainsi que de notre parcours sur le thème de la peur. Puis Loïc Wacquant a demandé aux participants : « Qu’est-ce qui vous a amené ici ? » Les réponses ont jailli dans les oreilles attentives du sociologue. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer le monde ? » s’est interrogée une jeune adulte. « Je ne peux pas assister à ce monde qui s’effrite sans rien faire » a complété une autre. Un nouveau participant s’est demandé : « Faut-il détruire ou reconstruire ? ». Une réponse fuse : « Les cendres, c’est de l’engrais ! » Certains ne sont pas d’accord. Ils débattent.
    Après cette prise de température, Loïc Wacquant détaille plusieurs transformations qui travaillent notre société contemporaine : des changements liés à l’économie, à l’État, au travail, à la famille et aux âges de la vie. Le sociologue s’attarde un moment sur les prisons. « Mais donc vous dites que les riches vont moins en prison ? » s’étonne un participant. « Ils y vont moins », répond Loïc Wacquant. Les types de criminalité sont traités différemment. Et en ce qui concerne les possibilités de changement ? « Les points de lutte sont partout, affirme le chercheur. Mais il faut avoir une analyse liée. »
    Et c’est ce qu’on fait les participants pendant une heure : tisser des liens entre économie et prison, progrès social et système scolaire.

    Un moment d’ébullition
    Cette rencontre a été un moment fort de notre parcours. Cela est dû notamment au nombre de participants présents, à leur implication et leur écoute, à l’engagement des animateurs d’Accroche-Scène active, à la capacité de Loïc Wacquant à s’engager dans une véritable conversation, à la qualité de ses réflexions. Il s’agit maintenant pour nous de maintenir la flamme. Prochaine étape, une visite d’exposition.

    RENCONTRE DU 10 OCTOBRE 2016

    Soirée WacquantBurger
    Mêler nourriture et discussions sociologiques : c’est le pari que nous avons fait pour le troisième rendez-vous de notre parcours. La soirée a débuté par des discussions informelles entre la demi-douzaine de jeunes présents, les chorégraphes, les médiateurs et un membre de La Marmite.
    En guise d’apéritif, nous avons ensuite visionné quelques extraits du documentaire La raison du plus fort réalisé par Patric Jean. Les thèmes du documentaire ? Inégalités urbaines et économiques, répression policière, racisme. Le but était de nous plonger par l’image dans l’univers de Loïc Wacquant, le chercheur que nous allons rencontrer. Et les extraits ont suscité quelques réactions fortes chez les participants. Une participante a par exemple exprimé son envie de découvrir plus à fond le film. Après une séquence dans laquelle des propos racistes sont échangés, quelques jeunes ont verbalisé leur sentiment d’indignation.
    Puis est venu le moment de passer à table. Au fil du repas (des hamburgers, bien sûr !), des discussions et réflexions ont émergé. Une personne nous a évoqué sa difficulté à trouvé sa place dans la société. Comment faire entendre sa voix particulière ? Que faire de sa colère ? Que préférer, l’ordre ou le désordre ? Le changement se fait-il de manière individuelle ou collective ? Reste-t-il de l’espoir ? Autant de questionnements qui viendront nourrir notre rencontre avec un intellectuel spécialiste de ces thématiques.
    Sentiment d’impuissance, de révolte et colère sont de magnifiques témoignages de soif d’une meilleure compréhension du monde. En tant que médiateurs, nous sommes sans doute des passeurs, passeurs d’informations. Nous avons l’ambition de faciliter cette compréhension du monde, de donner quelques outils en plus.
    A la suite de la soirée, une participante nous a fait le cadeau de nous transmettre ses réactions par écrit. Réflexions très intéressantes parmi lesquelles « Sommes-nous devenus accros de l’enfermement ? » et « Pourquoi cache-t-on tellement les banlieues ? ».
    Une chose est sûre : la marmite bout.

    Doutes et confiance
    En ce qui concerne la participation au parcours, enjeu majeur ainsi que nous l’évoquions précédemment, une autre participante nous a fait savoir qu’elle ne comprenait pas le sens de notre démarche lors de notre première rencontre. Elle ne savait alors pas si elle souhaitait donner de son temps pour participer à ce projet. Celle-ci s’est exprimée de manière plus positive cette fois.
    Il semblerait qu’un climat de confiance, plus détendu, a pu se tisser avec cette rencontre. Comme Alice au pays des merveilles, il faut peut-être apprendre à se perdre, accepter d’être dans une zone d’inconfort pour pouvoir découvrir d’autres choses, un monde en apparence très éloigné de sa réalité…

  • SEPTEMBRE 2016

    RENCONTRE DU 3 SEPTEMBRE 2016

    Notre deuxième rencontre a eu lieu au Théâtre du Loup qui, dans le cadre de La Bâtie, proposait un spectacle de danse contemporaine, We’re pretty fuckin far from okay de Lisbeth Gruwez – spectacle qui donnait à voir et à entendre la part physique de la peur chez l’être humain. Une participante a qualifié la proposition d’« intense et prenante » et noté que le spectacle se différenciait en ce point d’un autre spectacle de danse contemporaine auquel elle a pu assister auparavant. Au bonheur des uns et au malheur des autres, nous étions assis à l’un des derniers rangs du gradin. En rigolant, nous avons eu une discussion sur l’envie d’être pris dans le spectacle en étant proche de la scène ou sur celle de conserver une distance avec le plateau.
    Plusieurs jeunes nous ont prévenus qu’ils ne seraient finalement pas présents. Nous avons discuté avec l’équipe de La Marmite des causes possibles de ces absences : première séance trop scolaire, communication inadéquate, période de l’année, jour et heure peu propices à une sortie culturelle, lieu de rendez-vous inconnu des participants, manque d’intérêt ou de chance ? Nous allons tenter pour la suite de notre voyage de répondre à ces interrogations, avec l’aide des travailleurs sociaux impliqués dans ce projet.

  • AOUT 2016

    RENCONTRE DU 27 AOUT 2016

    Une carte d’embarquement et deux photos d’un spectacle de danse. Ce sont les supports qui ont été utilisés lors de notre première rencontre des « maîtres fous ». Cinq jeunes de l’Association Accroche étaient présents aux côtés de deux animateurs de l’association, du binôme de médiateurs et de Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, les deux danseurs-chorégraphes qui nous accompagnent durant ce parcours sur la peur. L’occasion pour ces derniers de répondre à une question d’un participant à propos de leur style : « Ça ressemble à quoi exactement le FuittFuitt ? » À découvrir concrètement en fin de parcours !

    Embarquement immédiat
    Le recto de la carte d’embarquement a permis au groupe de se remémorer les différentes étapes du parcours.

    Carte embarquement rectocarte embarquement verso

    La découverte du verso a débouché sur des présentations : prénoms et âges des participants, destination, durée du voyage. Il reste de la place pour d’autres prénoms – signal que d’autres matelots sont attendus à bord. Quant à la destination, un jeune a suggéré « Dubai ». Cette ville fait peur, a rétorqué quelqu’un. Nous sommes donc dans le thème.

    Tout le monde interprète
    Afin de préparer notre prochaine sortie à La Bâtie, nous avons utilisé des photos du spectacle de Lisbeth Gruwez et avons demandé aux personnes présentes de les interpréter, individuellement ou collectivement. Exemple : une photo évoquant un mot-clé par personne, retranscrit grâce à une machine à écrire.
    We're pretty fuckin' far from okay © Luc Depreiterecarnet de bord

    Réussir à se rassembler
    La rencontre a eu lieu chez un animateur d’Accroche, qui avait préparé un délicieux repas « pour rester dans le thème de La Marmite », selon ses mots. L’un des gros enjeux de ce parcours sera effectivement de parvenir à réunir autour d’un objet (repas, spectacle, exposition, rencontre avec un intellectuel, film) un groupe de jeunes.

Background

Groupe Char

Auréolé du nom du grand poète fraternel et résistant René Char – « poète de la révolte et de la liberté » selon le beau mot de Camus, ce groupe serpentera à travers œuvres d’art et rencontres sur le chemin sinueux de l’humanité de l’être humain.

  • Le groupe

    SolidaritéFemmesLes participantes du groupe Char sont issues de Solidarité Femmes Genève.

    Solidarité Femmes Genève est une association sans but lucratif fondée en 1977 ayant pour mission d’apporter une aide psychosociale et thérapeutique aux femmes victimes de violence conjugale et à leurs enfants ainsi que de sensibiliser la population et les professionnels à cette problématique.
    En 2016, l’association élargit sa mission en offrant son expertise à toutes les victimes de violence en couple et notamment, aux hommes ainsi qu’aux personnes LGBT. Toute personne victime de violence conjugale peut recourir à l’association, indépendamment de son statut ou de son appartenance à quelque groupe que ce soit.
    Constatant que les enfants qui vivent au contact de la violence conjugale ne sont jamais épargnés, Solidarité Femmes propose des prestations d’aide et de soutien à l’intention de ceux auxquels elle a accès par l’intermédiaire de leur mère.
    L’association est reconnue d’utilité publique et subventionnée par le Département présidentiel du canton de Genève, le Département de la cohésion sociale et de la solidarité de la Ville de Genève ainsi que par des communes genevoises.

    Nous remercions également les relais de l’association de leur précieux engagement : Béatrice Cortellini, Anne Lanfranchi, Frédérique Ingignoli et Sylvie Doggwiler.

  • L’artiste

    Fabrice Aragno, cinéaste
    Fabrice Aragno est un réalisateur, monteur et directeur de la photographie suisse.
    Après un passage par la lumière et la régie de théâtre, il réalise plusieurs courts métrages dont Dimanche (sélectionné au 52e Festival de Cannes 1999), Le Jeu (2003) et Autour de Claire (2010). Depuis 2002, il travaille aux côtés de Jean-Luc Godard – comme régisseur pour Notre Musique (2004), puis comme chef opérateur et ingénieur son pour Film Socialisme (2010), Les Trois Désastres (2013) et Adieu au langage (2014).
    En 2012, la radio télévision suisse lui commande un film – Quod Erat Demonstrandum – sur Jean-Luc Godard. En collaboration avec la Cinémathèque suisse, il a récemment monté et coproduit les films Amore carne (2011) et Sangue (2013) de Pippo Delbono et réalisé Freddy Buache, le cinéma (2012).

  • Le spectacle

    forbidden-di-sporgersi-jean-pierre-estournetForbidden di Sporgersi de Barbouillec, mise en scène Pierre Meunier

    Voici un objet théâtral inclassable. Les images y sont d’une beauté simple, profonde, joyeuse, saisissante, hors normes. Des perspectives mouvantes, animées par des moteurs humains ou électriques, explorent sans relâche l’espace imaginaire et celui du plateau. Un chantier scénique, industriel, poétique et musical défile sous nos yeux. Pour parvenir à ce résultat étonnant, Pierre Meunier, Marguerite Bordat et leur équipe, car il s’agit là d’une « fabrication collective », se sont emparés d’Algorithme éponyme, poème fulgurant d’Hélène Nicolas, dite Babouillec, « autiste sans paroles ».
    Jeune auteure avant tout, Babouillec y révèle l’écart « entre son monde intérieur, immensément vaste et libre, et le monde extérieur très occupé à mettre en rang tout ce qui dépasse ». Grand succès au Festival d’Avignon en 2015, ce spectacle libérateur nous submerge de joie par son intelligence, son humour, sa grâce.
    Babouillec, autiste, ne peut ni parler, ni écrire. Vers l’âge de vingt ans a lieu un tournant décisif dans sa vie : elle dévoile qu’elle a développé une méthode d’écriture à l’aide de lettres en carton qu’elle dispose sur une feuille de papier. Une vie nouvelle s’ouvre à elle, celle de poétesse. Outre Algorithme éponyme, elle a publié chez Christophe Chomant Éditeur Raison et Acte dans la douleur du silence (mis en scène par Arnaud Stephan en 2011 pour le Festival Mettre en scène) et Soif de lettres.
    Pierre Meunier travaille entre autres avec Pierre Étaix, Philippe Caubère, Zingaro, Giovanna Marini, François Tanguy, Matthias Langhoff, Joël Pommerat, et fonde en 1992 la compagnie La Belle Meunière, avec laquelle il conçoit ses propres spectacles.

    Source : comedie.ch

  • L’intellectuel

    jean-pierre simeonJean-Pierre Siméon

    Jean-Pierre Siméon est un poète et dramaturge français, directeur artistique du Printemps des Poètes. Pendant six ans « poète associé » au Centre dramatique national de Reims, il l’est désormais au Théâtre national populaire, à Villeurbanne, à l’invitation de son directeur Christian Schiaretti.
    Jean-Pierre Siméon compose une œuvre variée : une quinzaine de recueils de poèmes mais également cinq romans, des livres pour la jeunesse et des pièces de théâtre. Il a collaboré à de nombreuses revues de création littéraire.
    Il a écrit régulièrement dans L’Humanité comme critique littéraire et dramatique.

    La poésie peut-elle sauver le monde ? Mercredi 9 novembre 20h, à la Comédie de Genève

  • Le film

    sonitaSonita de Rokhsareh Ghaem Maghami
    Sonita a 18 ans. Originaire d’Afghanistan, sans-papiers et illégale en Iran, elle vit dans la banlieue pauvre de Téhéran avec sa sœur et sa nièce. Téméraire et passionnée, Sonita se bat pour vivre sa vie comme elle l’entend et faire carrière dans le rap. Son rêve se confronte aux nombreux obstacles qu’elle rencontre en Iran et au sein de sa famille restée en Afghanistan. Celle-ci, sous l’impulsion de sa propre mère, envisage de vendre Sonita pour 9000$ à un homme qu’elle n’a jamais rencontré.

    Jeudi 23 février 20h au Spoutnik 

  • L’exposition

    Collection de l’Art Brut à Lausanne

    Première collection d’Art Brut au monde, elle a su tisser de solides liens avec les institutions parentes qui se consacrent à cette forme d’expression hors les normes, et développer un réseau permettant l’échange, l’émulation et la collaboration. La Collection de l’Art Brut donnée par Jean Dubuffet à la Ville de Lausanne s’enrichit en permanence de nouvelles œuvres, de nouveaux créateurs. Ainsi, Jean Dubuffet avait réuni 133 créateurs en 1971. A ce jour, ce sont près de 400 créateurs qui ont rejoint la Collection.
    Près de 700 œuvres – d’une soixantaine de créateurs – sont présentées en permanence dans les salles du Château de Beaulieu, aménagé spécialement sur 4 étages pour accueillir les créations des auteurs figurant dans ses collections.
    La Collection de l’Art Brut poursuit sa mission à travers la découverte, l’étude et la sauvegarde de ces créations dissidentes.

    artbrut.ch

  • Les médiatrices

    OK_Iris MeierhansIris Meierhans
    Médiatrice culturelle, cheffe de projets et chargée de communication, Iris Meierhans a travaillé quinze ans dans l’humanitaire au CICR avant de se tourner vers la scène culturelle genevoise…
    Voir la biographie complète

    OKflorence saviozFlorence Savioz
    Licenciée en Sciences Sociales des universités de Lausanne et Berne, Florence Savioz a rédigé un travail de mémoire sur la politique d’asile en Suisse, primé par la société académique du Valais…
    Voir la biographie complète

  • Le partenaire culturel

    La Comédie de Genève

    Inaugurée en janvier 1913, la Comédie de Genève, située en plein cœur de la Cité de Calvin, est la première institution genevoise consacrée à l’art dramatique. Elle est dotée d’une salle à l’italienne de 476 places, du Studio André Steiger de 86 places et du Studio Claude Stratz pouvant accueillir jusqu’à 100 personnes.
    Théâtre de création, la Comédie de Genève ouvre largement sa programmation aux auteurs ou metteurs en scène genevois et suisses romands. Outre les réalisations de ses directeurs (André Talmès, Richard Vachoux, Benno Besson, Claude Stratz, Anne Bisang), elle a présenté les travaux de metteurs en scène tels que André Steiger, Philippe Mentha, Omar Porras, Oskar Gómez Mata, Martine Paschoud, Simone Audemars, Denis Maillefer ou encore Dorian Rossel.
    Lieu de diffusion, elle accueille sur son plateau les spectacles de grands noms de la scène européenne et internationale : Peter Brook, Alain Françon, Matthias Langhoff, Isabelle Pousseur, Olivier Py, Claude Régy, Krysztof Warlikowski, Bob Wilson et, plus récemment, Romeo Castellucci, Wajdi Mouawad ou Nicolas Stemann.
    La Comédie de Genève est dirigée depuis juillet 2011 par le metteur en scène Hervé Loichemol. Il envisage l’institution comme un lieu de réflexion sur l’esthétique et les enjeux actuels du théâtre. À travers sa programmation, qui s’articule autour de pièces du répertoire et d’écritures contemporaines, il revendique un théâtre où le texte et la pensée du texte sont déterminants.

    comedie.ch

Carnet de bord

  • FEVRIER 2017

    RENCONTRE DU MERCREDI 1 MARS – Rencontre création collective : enregistrement et film
    C’est une participante du groupe Char qui nous accueille chez elle pour filmer et enregistrer de nouveaux ingrédients de la création collective. L’accueil est chaleureux et notre hôtesse nous a concocté un repas que nous partageons ensemble en fin de séance.
    Fabrice Aragno installe son matériel pour enregistrer les lectures de poème et les chansons. Le micro a servi à des films de Jean-Luc Godard et tout le monde en est impressionné. Tour à tour, nous lisons des extraits de poèmes de Jean-Pierre Siméon, de Michel Simonet (balayeur de rue et poète), un texte écrit par une participante, en nous appliquant, à deux voix, puis en chuchotant.
    Une participante interprète deux chansons a capella, debout face au micro, entourée du groupe. Sa voix forte et douce à la fois et les paroles en anglais et espagnol, évoquent avec nostalgie la force de la vie au-delà des souffrances. « Ce sont ces chansons qui se sont imposées à moi, je ne les ai pas choisies, ce sont elles qui m’ont choisie ». Emotions partagées, l’enregistrement se termine les larmes au coin des yeux.
    Être humain, c’est avoir des rituels. Nous découvrons le rituel argentin du maté et Fabrice Aragno filme la calebasse passer de main en main. Le maté chaud et amer est dégusté dans le salon.
    Une participante amène un dessin qu’elle a fait. Il représente trois visages de femmes que l’on peut regarder selon différentes perspectives. Elle écrit ensuite un poème sous le regard de la caméra de Fabrice Aragno.
    La soirée se termine autour d’un repas partagé.

    RENCONTRE DU 6 MARS 2017 – Conception de l’écran de robes
    Préparation de l’installation multimédia : La Comédie – mars 2017
    Une partie du groupe se retrouve à la Comédie pour élaborer l’écran de robes qui servira à la projection. Fabrice Aragno projette des images sur un drap blanc provisoirement accroché au fond du café.
    Chacune a sorti de sa garde-robe un habit blanc : sa robe de mariée, des robes d’enfant, la robe de mariée de sa mère ou encore des tuniques, pour confectionner cet écran.
    Le travail de conception commence ; un petit groupe imagine la scénographie et commence à fixer du fil nylon et des épingles à nourrice aux robes.

    RENCONTRE DU 7 MARS : Descente des marches
    Inspirée par un film vu à la Collection de l’art brut, une participante organise une descente du tapis rouge des escaliers de la Comédie.
    Les participantes descendent les marches en escarpins, en bottes ou à pieds nus. Les chaussures sont ensuite échangées. Fabrice Aragno filme les pieds qui montent, descendent et remontent. On laisse échapper quelques éclats de rires, puis on se reprend, pour ne pas déranger les comédiens qui répètent à l’étage…
    Petit à petit, chaque pas, chaque démarche devient un personnage, semble habité d’une personnalité. Les pieds se cherchent, se chamaillent, dansent, et trébuchent. On se prend au jeu d’exprimer notre humanité avec nos pieds !!!

    RENCONTRE DU 10 MARS : Ecran de robes blanches, épisode 2
    Le vernissage a lieu dans 5 jours et les participantes se retrouvent en nombre à la Comédie pour poursuivre l’installation de l’écran de robes.
    La collection des robes blanches est déposée sur la table. Tout le monde s’affaire : on grimpe sur l’échelle, suspend, coud, attache, défroisse, conseille, observe et encourage. Les enfants de certaines sont venus au rendez-vous et les adultes se relaient auprès d’eux. On se met d’accord sur la manière d’accrocher les robes et on fait des photos pour partager sur WhatsApp avec celles qui n’ont pu se libérer pour cette séance.
    On mange un morceau ensemble, puis on continue à travailler sur le texte du papillon qui sera distribué au public pour expliquer la démarche du groupe.

    RENCONTRE DU 15 MARS 2017 : Vernissage de la création collective du Groupe Char à la Comédie
    C’est à 9h que Fabrice Aragno et les premières participantes se sont donnés rendez-vous pour finaliser l’écran de robes : le travail de couture, d’installation, de repassage, d’ajustement et de scénographie se poursuit jusqu’à tard dans l’après-midi. La pression monte un peu, il faut que tout soit fini à temps ! Et Fabrice Aragno attend patiemment que l’accrochage soit terminé pour pouvoir calibrer ses projecteurs… il programmera l’installation jusqu’à la dernière minute !
    30 minutes avant le vernissage l’échelle est rangée, les papillons sont installés. Certaines rentrent vite se mettre sur leur trente-et-un pour la partie officielle. Les sons et images défilent sur l’écran de robes, sur les plafonds voûtés et dans les différents haut-parleurs et casques. Les invités arrivent petit à petit, emplissant peu à peu le foyer de la Comédie.
    La partie officielle commence par le mot de bienvenue du directeur de la Comédie, Hervé Loichemol qui se hisse sur une table pour accueillir les invités, venus en nombre. Mathieu Menghini présente La Marmite et le parcours du groupe Char et remercie les acteurs qui ont rendu ce projet possible. Béatrice Cortellini, la responsable de Solidarité Femmes présente l’association.
    Puis trois des participantes du groupe Char lisent un texte écrit par l’une d’elles au nom du groupe :
    « La Marmite nous a sollicités pour un projet qui voulait questionner l’humanité de l’être humain. Vaste projet.
    Cela sonnait beau, même si cela paraissait abstrait. Pour chacun-e d’entre nous qui avons eu la chance de prendre part à l’aventure, elle s’est révélée une expérience unique et merveilleuse.
    Notre dénominateur commun : une sensibilité très forte. Chacun-e d’entre nous avait un besoin, souvent inconscient et urgent, de pouvoir redonner du sens à son existence, de partager sa fibre sensible et enfin de pouvoir s’exprimer autour de tous ces aspects.
    Le parcours de La Marmite nous a doucement amenées à en prendre conscience et à nourrir ces besoins.
    Les œuvres que nous avons découvertes ensemble, le projet commun, ont agi comme un fil rouge qui relie l’être à l’univers.
    La magie a opéré instantanément et un cercle vertueux nous a portés tout au long de l’aventure pour nous rapprocher et nous amener à nous apprécier nous-mêmes et les autres tels que nous sommes, avec notre même capacité à nous émouvoir de ce qui est essentiel dans l’existence.
    Grâce à ce parcours, nous avons retrouvé foi en l’humanité et en nos capacités à nous émerveiller et à aimer. Cette installation, c’est un peu pour vous le prouver. »

    La Marmite, installation vidéo Groupe Char. from CASA AZUL FILMS on Vimeo.

    RENCONTRE DU 28 MARS 2017 : Soirée de bilan à Solidarité Femmes
    Deux semaines après le vernissage de sa création collective à la Comédie de Genève, le groupe Char se retrouve dans les locaux de l’association Solidarités Femmes pour faire le bilan du parcours.
    En début de séance, nous revenons sur la soirée du vernissage et sur l’article qu’une journaliste du Courrier va écrire au sujet de la création collective. Trois personnes ont répondu à ses questions par téléphone.
    Une des participantes souhaite nous lire un poème qu’elle a traduit du brésilien car il est pour elle une métaphore de son expérience dans le groupe Char. On marque un silence ému à la fin de sa lecture qui nous parle à toutes…
    Nous proposons au groupe de revenir sur le parcours du groupe Char à l’aide d’un outil théâtral : le théâtre-image. 4 groupes de 3 à 4 personnes réfléchissent ensemble aux 5 moments marquants du parcours du groupe Char. Elles créent pour chaque moment une image collective à laquelle elles donnent un titre. Les groupes présentent ensuite les différentes images. Nous voyageons dans les souvenirs communs : des jeux de présentation pour se rappeler des prénoms lors de la première séance aux descentes des escaliers de la Comédie en passant par une ballade sous la pluie avec une poussette double dans les rues escarpées de Lausanne. Les titres sont évocateurs : Escalier écarlate, accrochage fatal, découverte de l’artiste, les pieds, les post-its humains, le maté partagé ou célèbres, anonymes et connectées… Des moments de partages, de création et de rencontres sont évoqués.
    Nous rejoignons ensuite fauteuils et chaises autour de 10 bougies disposées sur la table. 5 sont allumées et 5 sont éteintes. Chacun-e peut allumer une bougie pour un événement positif et en éteindre une pour un événement négatif. A la fin du partage, 5 bougies demeurent allumées et 5 éteintes sur la table. C’est un moment d’échange, de confidences et de remerciements. Quelques bougies sont soufflées pour l’installation à la Comédie qui ne marchait pas toujours au moment où elle aurait dû, pour des absences à certaines séances et pour des proches qui n’étaient pas là le jour du vernissage. Beaucoup de bougies sont allumées pour exprimer l’importance que l’aventure du groupe Char a eu pour chacune. Certaines personnes se sont rendues compte de l’importance que revêt l’art dans leur vie, que ce soit en tant que spectatrice ou dans l’expression de sa propre créativité. La solidarité, la bienveillance et la sensibilité du groupe sont saluées par de nombreuses participantes. Il a permis, selon les mots d’une d’entre elles, de « partager l’essentiel, de partager ce qui relève de l’âme, de l’humain ». Une autre participante nous confie que grâce à ce parcours, elle s’est « sentie exister et faire partie de la société ».
    A la fin, les 10 bougies demeurent allumées.
    Beaucoup aimeraient pouvoir prolonger l’aventure d’une manière ou d’une autre. Nous évoquons les possibilités de poursuivre des activités culturelles avec La Marmite ou en collaboration avec Solidarité Femmes. On parle également de faire voyager la création collective… affaire à suivre !
    Rendez-vous est pris pour partager encore un repas canadien à la mi-mai. Des liens forts se sont tissés au sein du groupe… on a envie de se revoir.
    Florence Savioz & Iris Meierhans

  • FEVRIER 2017

    RENCONTRE DU 4 FEVRIER : Visite de la collection de l’Art Brut (Lausanne), du studio de Fabrice Aragno et discussion au sujet de la création collective.

    Collection de l’Art Brut
    Pour la première rencontre de 2017, le groupe Char se retrouve pour une excursion lausannoise. C’est un cortège de vestes de pluie et de parapluies qui se sont donnés rendez-vous sur la voie 4 de la gare de Genève, en ce samedi matin de février.
    Avant l’ouverture de la collection de l’Art Brut, nous trouvons refuge dans un petit café, où nous parvenons tout juste à faire entrer la poussette deux places des enfants d’une participante qui nous accompagnent pour la journée. Le groupe a visiblement du plaisir à se retrouver et à échanger autour d’un café.
    La visite débute par des informations générales, à l’étage du musée, dans un long canapé noir et confortable. La collection de l’Art Brut ouvre en 1976 et abrite les œuvres collectées, dès 1945, par le peintre français Jean Dubuffet. Dubuffet souhaitait s’affranchir du conditionnement culturel et du formatage des écoles d’art. Il était en quête d’une « source sauvage créatrice », d’une expression artistique directe et authentique. Les artistes qui correspondent à sa définition de l’art brut sont : autodidactes, marginaux, ne se revendiquent pas artistes, créent généralement en cachette avec des matériaux de récupération et avec peu de moyens financiers.
    La visite guidée nous fait ensuite découvrir 3 œuvres majeures de la collection :
    La robe de mariée de Marguerite Sir, qu’elle a créée lors de son internement en hôpital psychiatrique. Avec les fils des draps de son lit, elle crée pendant cinq ans une robe de mariée destinée au jour de ses noces imaginaires.
    Vengo-sull-tribuna presto du « prisonnier de Bâle », Joseph Giavarini de son vrai nom. Emprisonné pour crime passionnel pendant 6 ans, il confectionne des groupes de figurines avec de la mie de pain. L’ensemble représente un cirque et une fanfare insolite.
    Sculpture en bois d’Emile Ratier, qu’il confectionne au moment où il a perdu la vue. Ses sculptures sont animées de manivelles et de mécanismes sonores et elles représentent la tour Eiffel, l’arc de triomphe et contiennent des objets guerriers, tels que des canons.

    La visite se conclut par une trentaine de minute de visite libre où chacun déambule à son rythme dans la collection. Fabrice Aragno nous accompagne pendant toute la visite avec sa caméra et son micro.

    Studio de Fabrice Aragno – création collective
    Pour rejoindre le studio du cinéaste Fabrice Aragno, nous entamons une descente des pentes lausannoises, sous la pluie.
    Nous partageons un succulent repas canadien, dans un décor industriel. Au moment du dessert et des cafés, nous informons les participantes que la création collective du groupe Char sera accueillie dans le foyer et le bar de la Comédie.
    Pour rester dans l’image de la Marmite qui se remplit au fur et à mesure, Fabrice Aragno propose, en effet, de créer une installation multimédia. Ce dispositif sera constitué des sons, enregistrements, images, objets, vidéos, etc. qu’il a captés durant le parcours du groupe Char, ainsi que des apports des participantes sur la thématique de l’Humanité de l’être humain. Ce sera à la fois un témoignage du parcours et des échanges qui ont eu lieu dans le groupe et une création collective, la 5ème œuvre du parcours.
    Le dispositif multimédia qui fonctionne en mode aléatoire sera installé dans divers endroits du foyer et du bar de La Comédie et mis en marche tous les jours, du 15 mars au 12 avril 2017.
    Fabrice Aragno organise pour le groupe une séance de cinéma un peu particulière pour découvrir le dispositif multimédia ainsi que des images et des sons collectés jusque là. Le projet se concrétise et l’enthousiasme du groupe est palpable.
    En petits groupes, nous parlons ensuite de ce que chacune souhaite encore ajouter à la création collective : des photos de pierres, d’arbres, des dessins, des chansons, des poèmes, un texte, une danse, un extrait de film, un enregistrement sonore.
    Les participantes évoquent le désir de témoigner de la solidarité et du lien qui s’est créé dans le groupe Char. Une date supplémentaire est fixée pour créer quelque chose ensemble. Diverses idées sont évoquées pour témoigner de ce lien qui s’est tissé au fil des rencontres, des expériences vécues et des émotions partagées. Pour représenter cette solidarité féminine, une participante – inspirée par la robe de Marguerite Sir – propose d’amener des robes et des tissus sur lesquels projeter le film.
    Le vernissage de l’installation du groupe Char aura lieu le 15 mars 2017, à 18h dans le foyer de la Comédie.
    Florence Savioz & Iris Meierhans

    RENCONTRE DU 22 FEVRIER : Soirée de réflexion sur la création collective
    Le groupe se retrouve en fin de journée dans les locaux de Solidarité Femmes pour approfondir les idées de création collective autour de la thématique de « l’humanité de l’être humain ». Les propositions fusent et les participantes présentes partagent leurs idées :

    • Filmer une descente des marches à la Comédie, en référence à un film vu à la collection de l’Art Brut dans lequel un homme descend un escalier en riant. Les pieds et les jambes uniquement pourraient être filmés avec des habits, des chapeaux et différentes chaussures ;
    • Diffuser des images d’hommes et de femmes qui expriment diverses émotions – les émotions étant l’expression de notre humanité.
    • Enregistrer des rires de différentes personnes (enfants, adultes, etc.), car le rire est le propre de l’être humain ;
    • Intégrer des extraits sonores de chansons et de musiques instrumentales qui ont une signification pour certaines participantes ;
    • Intégrer des images d’un film tourné par une participante ;
    • Filmer une collection de livres « les enfants de la terre », une saga préhistorique pour montrer que ce qui fait notre humanité n’a pas changé depuis les premiers hommes ;
    • Filmer des figurines créées par une participante ;
    • Intégrer les photos qui ont déjà été transmises ;
    • Lire des extraits de poèmes de Jean-Pierre Siméon qui nous ont particulièrement touchées ;
    • Lire un extrait du livre sur l’œuvre de Marguerite Sir dont la « robe de mariée » est exposée à la collection de l’Art Brut ;
    • Utiliser des robes blanches comme écran sur lesquelles projeter des images.

    Fabrice Aragno présente au groupe le plan technique de l’installation dans le foyer de la Comédie et on discute comment réaliser concrètement les idées évoquées pour l’installation collective.

    RENCONTRE DU 23 FEVRIER : film Sonita de Rokhsareh Ghaem Maghami
    Nous nous sommes donné rendez-vous un peu avant la projection, dans un café proche de l’Usine. Les participantes arrivent une à une, au gré de leurs disponibilités. Nous partageons un verre, sur fond de musique latine, tout en finalisant le texte de présentation de l’installation collective pour la Comédie, et en évoquant la rencontre de la veille.
    Nous échangeons quelques mots sur le film du soir et nous dirigeons en direction de l’Usine pour rejoindre le cinéma Spoutnik. En chemin, certaines se remémorent les soirées passées dans ce haut lieu de la culture alternative genevoise, d’autres découvrent l’endroit. Sa cage d’escaliers habillée de graffitis nous fait palper en quelques secondes l’atmosphère du lieu : musique, fête, créativité. Ce condensé de vie colle aux baskets.
    Les portes du Spoutnik s’ouvrent et le charme opère. Ce petit cinéma, cosy et presque privatif, nous accueille pour la projection du film Sonita. Fiction ou réalité ? C’est la question que plusieurs se posent dans la première partie du film. Lorsque la réalisatrice Rokhsareh Ghaem Maghami tourne la caméra vers elle, on comprend que le film est un documentaire sur la vie de Sonita, une jeune Afghane de 18 ans, émigrée en Iran, qui se bat pour faire du rap et vivre sa vie comme elle l’entend. On suit le parcours de la jeune femme au caractère fort et au grand désir de liberté, dans une société conservatrice, où il est coutume de vendre les filles en mariage, pour recevoir l’argent de la dot. Vêtue d’une robe de mariée, Sonita dénonce cette pratique dans un clip de rap qui a fait le tour du monde.
    Cette histoire vraie et positive d’une jeune femme qui s’émancipe et défend ses droits face à sa famille et à la société dans laquelle elle vit touche fortement les participantes. On ne peut pas parler d’humanité sans évoquer sa défense lorsque les droits humains sont bafoués.
    Florence Savioz & Iris Meierhans

  • DECEMBRE 2016

    RENCONTRE DU JEUDI 15 DECEMBRE : FORBIDDEN DI SPOGERSI DE PIERRE MEUNIER ET MARGUERITE BORDAT

    Il est 18h ce froid jeudi de décembre, et les participantes du groupe Char entrent une à une dans le hall de la Comédie. Notre message sur notre groupe Whatsapp leur a laissé penser que nous nous retrouverions autour d’un verre à boire et de quelque chose à grignoter avant la pièce de théâtre qui commence à 19h… mais non, l’amuse-bouche annoncé n’est pas d’ordre culinaire !
    Nous les invitons à rejoindre le studio Steiger, dont la scène est encore habillée de la scénographie de Lettre au Père de Kafka, qui y a été présenté quelques jours auparavant. Pour introduire la pièce de théâtre hors du commun à l’affiche de la Comédie ce soir-là, nous leur proposons une préparation du corps et des sens.
    Fabrice Aragno sort, comme à son habitude, ses caméras et autres micros, prêt à capter.
    Après une brève présentation d’Hélène Nicolas, dite Babouillec autiste sans paroles, et de son livre d’une poésie fulgurante, Algorithme éponyme, qui a inspiré la pièce Forbidden di spogersi, on s’assied en cercle sur la scène, on ferme les yeux, pour un moment de relaxation. De concert, les respirations ralentissent et se calment. On porte notre attention à chacun de nos sens, un à un. On imagine des images apparaître sur nos paupières, des goûts sur nos papilles. Il s’agit de mettre nos sens en alerte, en condition pour recevoir la pièce éminemment sensorielle de Pierre Meunier et Marguerite Bordat.
    Place ensuite à un exercice d’improvisation, par petits groupes de 3 ou 4 personnes. Après la lectures de deux courts extraits d’Algorithme éponyme, chaque groupe se prépare à mettre en scène l’univers de ce texte avec des objets mis à leur disposition, mais sans parole. Les trois coups retentissent et sur scène, les participantes du groupe Char jouent avec le bric-à-brac récolté et donnent vie à des bouts de ficelle, des ballons gonflables, des spatules en bois ou un parapluie, avec assurance et créativité. En deux coups de cuillère à pot, elles créent un univers et prennent du plaisir à jouer.
    Avant de prendre place dans la grande salle de la Comédie, on leur distribue la lettre au spectateur écrite par les metteurs en scène à propos de leur pièce, qui demande aux spectateurs de ne pas essayer de « comprendre » Forbidden di spogersi, mais leur propose plutôt de se laisser emmener dans un voyage sensible, un exercice de liberté, une occasion de rêverie personnelle.
    « En fait, il faut qu’on débranche notre rationalité et qu’on regarde la pièce avec nos sens » conclut une participante en descendant vers la grande salle où va débuter la représentation d’une minute à l’autre.
    Noir. D’immenses panneaux de plexi manipulés sans mot dire par quatre acteurs en blouse blanche. Ça bruite, ça frotte. De gigantesques barres de métal qui s’entrechoquent. Une guitare qui larsen. Une mèche de perceuse de 8 mètres posée sur la tempe. Ça ferraille. PAN !!! Noir. Panne technique on dirait, et puis ça fume et ça sent le roussi. De rares paroles sont prononcées – on reconnait le texte de Babouillec. Les tableaux se succèdent dans une beauté plastique où la matière efface les manipulateurs. Des lettres apparaissent et disparaissent dans des bulles bleues qui donnent une étrange maladie – peut-être contagieuse ? – et dansent sur le ventre des acteurs…
    On se laisse emporter, ou pas… Derrière nous, quelques spectateurs ricanent et commentent ironiquement ce qui se passe sur scène. L’expérience théâtrale est propre à chacun. Est-ce que ces voisins un peu bruyants auraient vécu une expérience différente si on les avait invités à notre rencontre d’avant-spectacle? Certaines participantes nous disent que la rencontre préalable les a aidées à rentrer dans le début du spectacle, muet pendant une trentaine de minutes.
    A l’issue du spectacle, on s’avance pour une rencontre en bord de scène. Pierre Meunier paraît très ému et prend un peu de temps à sortir du monde qu’il vient de créer sur scène avec ses complices. Babouillec, un peu en retrait, à côté de sa maman, attrape des lettres plastifiées dans des petites cases et les posent devant elle. C’est comme cela qu’elle a écrit tous ses textes et qu’elle communique avec le monde. Il est question de la rencontre de Pierre Meunier avec Babouillec, du choc qu’il a eu en lisant Algorithme éponyme, et de la manière dont ils ont travaillé sur la création de la pièce. Plusieurs membres du groupe Char posent des questions et partagent leur joie et leurs impressions du spectacle.
    « Est-que Babouillec vous a donné des conseils pour la mise en scène de la pièce ? »
    « J’étais assise derrière Hélène pendant la pièce et j’ai été très touchée d’observer ses réactions ».
    La mère d’Hélène Nicolas participe elle aussi à la discussion, elle raconte sa fille et son histoire et lit les mots composés par Hélène, à qui l’on avait dit à l’âge de 14 ans, qu’elle ne progresserait plus. Elle est désormais poète. « Tout était déjà là » explique sa mère. « Il fallait juste qu’on trouve un moyen de communication. »
    « C’est mon côté punk » rétorque Hélène Nicolas, en réponse à une discussion entre les metteurs en scène et le public.
    Fabrice Aragno filme. Lui aussi semble happé par les mains de Babouillec sur ses lettres plastifiées.
    Quelques membres du groupe restent ensuite encore boire un verre au foyer, afin de partager plus intimement nos impressions. D’autres s’éclipsent, peut-être pour libérer une babysitter, par fatigue, peut-être aussi parce qu’un peu trop désarçonnées par cette expérience théâtrale très particulière… On se rend compte qu’on a peut-être oublié de rappeler qu’on a bien le droit de ne pas aimer une pièce! On en reparlera lors de notre prochaine rencontre…

    Florence Savioz & Iris Meierhans

  • NOVEMBRE 2016

    RENCONTRE DU MERCREDI 9 NOVEMBRE 2016 AVEC JEAN-PIERRE SIMEON

    A son arrivée au lieu de rendez-vous, Jean-Pierre Siméon fait un tour de table et salue une à une les personnes présentes, en se présentant par son prénom.
    Une participante, en porte-parole du groupe, raconte à notre invité le parcours artistique du groupe Char, le déroulement des deux rencontres précédentes, ainsi que notre tentative collective d’adopter « une attitude poétique ».
    Nous faisons ensuite découvrir à Jean-Pierre Siméon des bribes sonores de ses poèmes lus par les participantes. Il est visiblement ému d’entendre ses textes, pêle-mêle, énoncés par les participantes.
    Siméon raconte et se raconte. Il partage sa passion de la poésie et sa quête profonde et permanente d’artiste vers une compréhension de l’humain.
    Il nous rappelle qu’« on ne naît pas humain, on le devient » Il pense l’homme illimité, plaide pour une réhabilitation de sa complexité et encourage à ne pas craindre les possibles.
    Il explique l’abus de pouvoir et la violence par une difficulté à maîtriser ses peurs fondamentales. « Tous les gens, qui veulent beaucoup de pouvoir, sont dominés par leur peur ». Pour devenir humain, il faut gouverner sa peur ontologique d’exister. Or, la poésie, « ça fait peur », c’est subversif, car cela ouvre tous les possibles.

    Et comment devient-on poète ?
    Siméon se souvient de la vive émotion qu’il a ressentie à l’âge de 7-8 ans, lorsqu’à la fin d’une journée de classe, son professeur a lu, gratuitement, de la poésie à ses élèves, qu’il ne voulait pas libérer avant la sonnerie. Le poème a exprimé pour lui quelque chose de la vérité humaine, même s’il n’a pas tout compris au sens de ce texte.
    « Un poème ça parle vrai ». Et Siméon aussi. Le poète n’a pas envie de perde son temps, ni de l’occuper, car il a une grande passion pour la vie. Il vit en poésie et en poète. Il veut aller dans la profondeur de la vie et du langage, redonner de la réalité et de la présence à la parole, à la vraie parole.
    Et autour de la table aussi, ça parle vrai.
    Une participante se confie : « depuis quelques temps, je suis en train de rêver l’enfant qui est en moi ». Siméon répond en citant Michaux : « je cherche un être en moi à envahir ».
    Une autre participante en revient à notre question : c’est quoi un poète ?
    Selon Siméon, c’est quelqu’un qui ne cherche pas des réponses, mais qui pose des questions. C’est un questionneur, quelqu’un qui questionne notre humanité à chacun, dans ce qu’elle a de pire comme de meilleur.
    Dans cette société qui cherche à faire de nous des clones, qui nous soûle de mots et d’images qui ne veulent rien dire, le poète fait un effort de conscience face à ce qui l’entoure. « Mais cela doit être fatiguant à la longue de constamment chercher le vrai, de toujours être conscient », rétorque une autre membre du groupe. « On a parfois besoin de légèreté ! » Et Siméon convient qu’il n’a rien de l’ascète ou de l’artiste torturé – il aime les petits plaisirs de la vie aussi ! Il n’en est pas moins que la dignité de l’être humain réside, répète-t-il, dans cette fatigue de la conscience.
    La passion de Siméon pour la vie et pour les mots transparaît dans sa manière de s’exprimer. On a l’impression qu’il pourrait continuer à nous parler toute la nuit et on ne se lasserait pas de l’écouter.
    Mais le temps des horloges file. Siméon est attendu à 20h à la Comédie pour une conférence publique. L’échange est interrompu avec regrets.
    Ses mots font du bien, ouvrent des possibles. « Le poète est un professeur d’espérance », nous dit-il et « la poésie c’est l’esperanto de l’âme humaine ».
    On ressort de cette soirée nourri-e-s et avec « les draps de l’âme étirés dans toutes les directions ».

    Florence Savioz & Iris Meierhans

  • NOVEMBRE 2016

    RENCONTRE DU JEUDI 3 NOVEMBRE 2016

    Nous retrouvons le groupe Char dans les locaux de Solidarité Femmes pour préparer la rencontre avec le poète Jean-Pierre Siméon.

    Premiers ingrédients pour la création collective
    Lors de notre première rencontre, nous avions proposé aux participantes d’adopter une attitude poétique et d’être attentives à ce qui nous entoure et fait notre humanité. Nous leur avions aussi suggéré d’amener, pour la deuxième séance, un objet, un mot, une image ou « quelque chose » qui les touche et qu’elles associent à nos discussions.
    Au début de la rencontre, nous partageons les histoires de ces « petits riens », d’abord par deux, puis devant l’ensemble du groupe, où chaque participante présente l’objet de la personne avec laquelle elle a échangé.
    Ce moment de partage qui devait introduire la séance, était d’une telle intensité, qu’il s’est prolongé. Chacun-e a livré un bout de son histoire et de son identité. Pêle-mêle : le souvenir d’un enfant subjugué par un musicien ; un masque noir symbolisant ce qu’on se cache à soi-même et aux autres ; un cœur en pierre offert par un amour secret qui redonne goût à la vie ; une photo d’un arbre énergisant qui se sépare en deux ; un bout de mosaïque évoquant une rencontre marquante avec un artiste ; une saga sur la préhistoire qui nous rappelle que les choses fondamentales ne changent pas ; des reflets qui dansent sur un mur d’hôpital au son d’un respirateur artificiel ; une feuille minuscule qui évoque un moment apaisé à regarder tomber les feuilles d’automne ; une perle prononcée par un enfant ; un bonbon en verre jaune contenant en son cœur un bonheur à déballer plus tard ; un caillou brut qui nous donne la force d’un papa parti depuis longtemps ; une phrase sur l’élasticité du monde selon où on se place ; et pour terminer la ronde: un tango chanté en espagnol, avec émotion et dignité, qui se fait témoin des tristesses passées et des bonheurs à venir.
    Fabrice sort son micro pour saisir ce moment rare et intense de partage. On a envie de laisser une trace de ces offrandes précieuses aux multiples formes, mais comment ?

    Découverte de l’œuvre de Jean-Pierre Siméon
    Pour faire connaissance avec la poésie de Jean-Pierre Siméon, on place des extraits de ses textes aux quatre coins de la pièce. Chacune se balade pour les découvrir à son rythme, choisissant parfois de les lire à haute voix, de manière libre, en même temps que d’autres ou seule. La seule consigne donnée est qu’il doit y avoir en permanence au moins une personne qui lit.
    Une belle cacophonie poétique se crée et avec un tel engagement de chacune qu’on aurait envie de la faire durer toute la soirée…

    … mais l’heure de la fin de la séance approche, avant que l’on ait eu le temps de discuter de la manière dont on veut aborder la rencontre du 9 novembre ! Certaines doivent partir libérer des baby-sitters, alors la lumière s’éteint et c’est un gâteau avec des bougies à souffler qui clôt le récital poétique. C’est la bouche pleine de chocolat qu’on présente rapidement la vie du poète et les idées principales de son manifeste  La poésie sauvera le monde .
    On rentre chez soi, heureuses et touchées par l’intensité de ces partages. On ne sait pas encore si c’est la poésie qui sauvera le monde, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle nous a transformées ce soir.

    Florence Savioz & Iris Meierhans

  • OCTOBRE 2016

    RENCONTRE DU JEUDI 6 OCTOBRE 2016

    Le rendez-vous est fixé à 18h, au 46 de la rue Monchoisy, à Genève, dans les locaux de l’association Solidarité Femmes. A notre arrivée, des collaboratrices de l’association embrochent dattes et fromage, jambon et figues pour l’apéro de fin de séance. On déplace quelques tables pour faire de la place et on installe le vidéoprojecteur de Fabrice Aragno, le cinéaste qui nous suit sur ce parcours, pendant que les participantes arrivent une à une, discrètes et curieuses de cette nouvelle aventure dans laquelle elles s’apprêtent à embarquer.

    Les présentations
    Pour démarrer, on regarde ensemble quelques panneaux illustrant les expériences artistiques qui jalonneront le voyage.

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    Un dernier panneau avec une marmite symbolise la création collective à laquelle les participantes seront invitées à contribuer tout au long du parcours, avec la complicité de Fabrice Aragno.

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    Après un jeu de présentation, on sait désormais qui a les cheveux les plus courts du groupe, où habitent les différent-e-s participant-e-s, qui est né dans le même canton ou pays. On se regarde dans les yeux, on prononce nos prénoms et on échange les premiers sourires.

    L’humanité de l’être humain
    Tout cela prend un peu plus de temps que planifié et on hésite à lancer l’activité prévue pour aborder la thématique qui occupera le groupe Char tout au long de ce parcours. Mais Fabrice devant faire encore quelques réglages techniques pour sa projection, on propose d’entamer quand-même la réflexion sur les termes « humanité » et « être humain ». En quelques minutes, c’est une frénésie créatrice qui s’empare des participantes fort inspirées par ces concepts, qui nous semblaient pourtant très abstraits.

    humanite-collage

    La projection du court métrage, que  le cinéaste Fabrice Aragno a choisi pour se présenter, peut finalement commencer. Dimanche suscite émotion et retours passionnés de participantes amatrices de cinéma. D’autres expriment, plus timidement, leurs ressentis face à ce film évoquant des émotions intimes.

    Dénominateur commun
    La question de la violence conjugale, que nous avions décidé de ne pas évoquer lors de ce parcours, s’invite spontanément dans les échanges à la fin du film et lors de discussions informelles pendant l’apéro. On est surprises de l’hétérogénéité du groupe en termes d’âge, d’origine et de classe sociale et cela nous rappelle que la violence conjugale touche tous les milieux. Au moment des au revoirs avec les collaboratrices de Solidarité-Femmes qui participent à ce parcours, on se rend compte, amusés, que l’on n’a pas toujours su identifier collaboratrices et bénéficiaires. C’est une invitation à aller au-delà des catégories, à la rencontre de l’humain.

    Au moment de clore la séance, nous rappelons que nous sommes le groupe Char, du nom d’un grand poète, et proposons aux participantes d’endosser une attitude poétique pour porter attention aux « petits riens » de la vie. Nous sommes prêt-e-s à « entendre battre le cœur des pierres », selon le mot de Jean-Pierre Siméon que nous nous réjouissons de découvrir prochainement…

    Florence Savioz & Iris Meierhans

    Dimanche from CASA AZUL FILMS on Vimeo.