Libertalia. Une utopie pirate
d’après Daniel Defoe, dans une conception et une mise en scène de Heidi Kipfer

Une création musicale aux inspirations multiples qui célèbre celles et ceux qui entendaient mener une vie courte et joyeuse, tout en lançant un défi à la mort.

A l’abordage!

Dans son Histoire générale des plus fameux pirates publiée en 1726 au Royaume-Uni, l’auteur de Robinson Crusoé a dépeint d’une manière presque documentaire les «anges noirs des mers», hommes libres qui, un siècle avant la Révolution française, réalisèrent de troublants modèles de sociétés égalitaires…

Dans le chapitre intitulé «Libertalia», Defoe dépeint sur une côte lointaine de l’Océan Indien, une communauté de pirates bercée par les embruns et les vapeurs de rhum. Un lieu à part, façonné par les rêves et les trésors mais dont aucun vestige n’a été retrouvé à ce jour…

Véritable aventure de flibustiers? Ou utopie sauvage et romantique?


Heidi Kipfer n’aime rien tant que s’inspirer de ces aventures qui fleurent bon l’espoir et la musique d’avenir pour échafauder ses mises en scène truffées de fantaisies. Pour cette nouvelle croisière, elle s’entoure de quelques formidables musiciens, d’un trio de comédiens et d’un artiste circassien qui voltige au sommet d’un mât chinois, comme la vigie toujours à l’affût d’une nouvelle liberté à conquérir.

 https://www.theatrebennobesson.ch/libertalia

 

Crash Park, la vie d’une île
conception, scénographie et mise en scène Philippe Quesne

À la suite d’une catastrophe aérienne, des rescapés échouent sur un îlot volcanique. À partir de cette intrigue simple, Philippe Quesne nous embarque dans une fantaisie, empruntant aussi bien au cinéma qu’aux romans d’aventures ou à la bande dessinée.

Le scénographe et metteur en scène feuillette avec un bonheur évident les représentations exotiques qui peuplent nos imaginaires. L’épave de l’avion flottant sur l’eau ne manque pas de pittoresque, tout comme cette île, avec ses palmiers et son volcan qui crache une sympathique fumée. L’île est, à dire vrai, le personnage central de cette création, concentré d’imaginaire – et aussi par conséquent de clichés.

Investir ces images d’Épinal pour les déjouer, en revisitant au passage quelques souvenirs de leurs lectures d’enfants, est ce à quoi s’emploient activement les héros de ce spectacle. Cependant derrière l’euphorie béate pointe en filigrane une réalité autrement glaçante. Impossible en effet de ne pas repérer sous la surface attrayante du parc à thème conçu par Philippe Quesne une inquiétude authentique quant au désastre écologique dont notre planète est aujourd’hui le théâtre.

Dans un tel contexte, le choix d’aborder un drame aussi tragique qu’une catastrophe aérienne comme s’il ne s’agissait de rien d’autre que d’une partie de plaisir sans conséquences se révèle en sous-main d’une ironie dévastatrice. Où, l’air de rien, des rêveries de Tintin, on glisse subrepticement par une forme d’understatement à une dystopie à la J. G. Ballard.

https://vidy.ch/crash-park-la-vie-dune-ile