Leave No Traces
de Debra Granik

Né en 1963, la cinéaste étasunienne Debra Granik a suscité l’intérêt de la critique dès son premier long-métrage, Down To The Bone (2004), portrait sans concession mais non dépourvue d’empathie d’une mère de famille accro à la cocaïne. Avec le remarquable Winter’s Bone (2010), primé dans une ribambelle de festivals, elle acquiert à juste titre une notoriété internationale.

Adapté d’un roman de Daniel Woodrell, ce second long-métrage très peu consensuel nous plonge au cœur de l’Amérique rurale. Dans une baraque perdue dans les monts Ozark, au sud du Missouri, une adolescente veille sur son petit frère et sa petite sœur, suppléant à une mère atteinte de troubles psychologiques graves. A la recherche de son père indigne, elle se mesure à un voisinage singulier, où les liens du sang n’empêchent pas la tromperie et encore moins la violence.

En comparaison, Leave No Trace, tiré d’une histoire vraie, est un film très apaisé, qui décrit le passage à l’âge adulte avec une délicatesse qui serre le cœur… A quinze ans, Tom (Thomasin Harcourt McKenzie) vit avec son père Will (Ben Foster) dans la forêt sublime d’un parc national situé en Oregon. Ancien Marine revenu traumatisé de la guerre, Will lui a appris à survivre en pleine nature, jusqu’au jour où les Rangers du parc les débusquent. Chassés de leur campement clandestin, ils sont recueillis par les services sociaux qui s’échinent à leur proposer un toit et une vie « normale »…

Dans une première partie plutôt brève, la cinéaste restitue de façon admirable l’existence de cette drôle de famille des bois. Tom a appris de son père. Elle sait comment s’abriter, se nourrir, se cacher, et s’applique à mettre en pratique ses préceptes, se détournant parfois de la discipline paternelle, pour laisser libre cours à ses désirs d’enfant. De Will, l’on pressent qu’il a choisi ce mode de vie, parce qu’il ne supporte plus ses semblables. Littéralement, il ne veut plus laisser de traces. De la mère et épouse absente, père et fille ne parlent guère, laissant aux spectateurs·trices le choix d’interpréter le sens de ce quasi-silence à son propos.

Dans la seconde partie du film, Debra Granik décrit leur réintégration dans le monde dit civilisé. Ironie du sort, Will est engagé dans une gigantesque sapinière industrielle qui pourvoit en sapins de Noël tout l’Oregon, voire plus. Rongeant son frein, il ne songe qu’à repartir en forêt, alors que Tom se lie avec un teenager du coin. Confrontée au premier dilemme de sa jeune existence, elle entrevoit alors la perspective d’un adieu peut-être définitif avec son père…

Vincent Adatte

États-Unis, 2018, couleur, 1h13.
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Projection gratuite mercredi 25 mars 2020 à 20h au Cinéma Minimum (quai Philippe-Godet 20 à Neuchâtel)