Mon premier métier n’existe plus, il s’intitulait dessinateur constructeur. La fin de l’âge d’or de l’industrie des machines m’a sans avertissement expatrié du monde de l’usine, milieu qui – sans le vouloir – a été un véritable « laboratoire social » et une école de vie.
Pris par le désir de comprendre le monde et attiré par la force de changer les choses, je suis devenu arpenteur du travail social par conviction. Des études de service social à l’École d’Études Sociale de Lausanne m’ont ainsi permis de prendre la mesure des enjeux de la vulnérabilité dans ses rapports étroits entre l’individu et le collectif. Rendu conscient d’un « malaise dans la culture » par la formation de mon esprit critique, j’ai osé ensuite des études de psychologie clinique à l’Université de Lyon 2. La psychanalyse y est instillée et commence alors à former mon orientation clinique, mon identité professionnelle.
Attaché à Winnicott et à ses propositions au sujet du jeu symbolique, j’ai enrichi mon expérience pour, comme le dit Anton Tchekhov, « réparer le vivant ». Je m’intéresse aujourd’hui à « camérer » — petit clin d’œil à Fernand Deligny — les pratiques d’accompagnement en travail social. La phénoménologie d’Henri Maldiney ou celle de Bernhard Waldenfels me donnent des arguments pour penser en retour l’agir humain en plein et dans un projet éthique et souvent esthétique d’habiter plus confortablement le monde avec lequel s’expliquent travailleurs sociaux et personnes réputées inadaptées.
Et quand les mots me manquent pour rester dans un contact vivant avec les patients de ma pratique privée, je m’efforce de rester dans la poétique compagnie de René Char, Paul Celan, Ingeborg Bachmann ou celle de Marina Tsvétaeva.

Il a modéré la rencontre avec Chantal Jaquet (saison II).