Les Audacieuses – Récit d'un parcours
Jeudi 16 janvier
Où toutes font connaissance autour d’un café et d’une tranche de gâteau – délicieux, de l’avis général ;
où la complexité d’expliquer et de comprendre le projet de La Marmite surprend ;
où l’on donne son âge, de 32 à 88 ans ;
où l’on découvre le parcours, les sorties ;
où le thème de la rage fait réagir, on aime, on se méfie, on est impatientes, on a peur, on a la rage de vivre ou la rage au placard ;
où l’on veut rester libre de faire ce que l’on veut quand on veut, où l’on pense à Brigitte Fontaine, je suis vieille et je vous enc... ;
où l’on brise la glace et les glaces, où l’on apprend les prénoms, où l’on découvre les accents ;
où l’on se raconte des anecdotes, où l’on partage une méfiance de l’uniforme, où l’on rit, où l’on commence à brouiller les pistes entre réalité et fiction ;
où l’on se promet de se revoir.
Jeudi 23 janvier
Nous nous retrouvons à l’InfoQuartier à Mâche pour la première fois, lieu de nos futures rencontres. On boit un thé, un café, on mange quelques mandarines et le brainstorming autour du thème des sorcières commence, à partir de la sélection d’une quinzaine d’images que nous proposons. Les mots jaillissent dans tous les sens, en passant des faits historiques, aux histoires inventées. On parle du “secret” dans nos contrées jurassiennes, de la chasse aux sorcières, du bien et du mal, de la justice, du rapport homme-femme dans notre société, de bouc émissaire, de qui sont les sorcières d’aujourd’hui.
GUÉRISSEUSE, PERSÉCUTION, HERBES, INJUSTICE, ACCUSÉE À TORD, EXORCISTE, TORTURE, VIEUX VICIEUX, BRÛLER, BÛCHER, CHAPEAU POINTU, MARE, HERBORISTE, RÉCLAME DE MIGROS, MAUVAIS RENOM, SORCIER = POSITIF, SORCIÈRE = NÉGATIF ,WITCHES, MÉCHANCETÉ, HARRY POTTER, HALLOWEEN, GRIMOIRE, POTION MAGIQUE, PLEINE LUNE, REJETÉES PAR LA SOCIÉTÉ, LIBERTÉ DE PENSER, À MORT, REMÈDES, FANTÔMES, JETER DES SORTS, LE SECRET, RENAISSANCE, KLEINE HEXE, GUILLOTINE ,DIABLESSE, PRÊTRE ,PRÊTRESSE ,INCOMPRISE , MAGIE VS SORCELLERIE, SANG, VICTIME, RÔLE DES FEMMES, BAGUETTE MAGIQUE, CHAUDRON, DISEUSE DE BONNE AVENTURE, CHAT NOIR, FOULE EN COLÈRE, BALAI, VOLER, HÔPITAL, BAVE DE CRAPAUD, MANGER LES ENFANTS ,DIRE CE QU’ON PENSE, BOULE DE CRISTAL, DÉRANGER LE MONDE DES HOMMES ,SOLIDARITÉ FÉMININE, FEU.
Nous récoltons une série de questions à poser à Jean-Claude Rebetez, historien et conservateur des Archives de l’Ancienne Evêchée de Bâle. Nous terminons la rencontre avec des jeux théâtraux, dans lesquels les participantes se lancent volontiers et pour certaines à leur grande surprise. On crée des images théâtrales autour des sorcières et des mots récoltés, on s’amuse et on s’applaudit.
Jeudi 6 février
Qu’est-ce qu’une sorcière ?
Qu’est-ce qu’était la sorcellerie ?
Est-ce que la sorcellerie avait des résultats ? Est-ce que ces femmes fabriquaient des potions ou remèdes qui fonctionnaient ?
Pourquoi la chasse aux sorcières a été si intense ici en Suisse ?
Est-ce que certain/es ont défendu les sorcières ? Quel a été leur sort ?
Voici les questions à partir desquelles Jean-Claude Rebetez a organisé son intervention. On s’installe tous·tes à une table ronde, toujours avec un thé et un café, on se présente et notre invité commence par un petit tour d’horizon sur la chasse aux sorcières. Les participantes posent des questions, interrompent si quelque chose n’est pas clair. La courte présentation se transforme en un échange et un rapport question-réponse entre les participantes et l’invité. Les participantes donnent parfois leur avis ou racontent des histoires personnelles qui font écho à la discussion. On parlera même de Mona Chollet et son essai Sorcières – La puissance invaincue des femmes, qui intéressait une participante, et pour lequel notre invité a témoigné de quelques réserves. La discussion d’une heure et quart aurait pu se prolonger, c’est le moment de clore, une participante propose de raccompagner notre invité en voiture à la gare.
Jeudi 20 février
Où nous jouons à être des sorcières, des crapauds et des chaudrons.
Où nous écoutons un extrait d’Annie Ernaux, Les Années.
“Elles s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi. Des images où l’on figurait en gamine au milieu d’autres êtres déjà disparus avant qu’on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits aux côtés de nos parents et de nos camarades d’école. Et l’on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les être réels aux imaginaires, le rêve à l’histoire. ...”
Où nous écrivons nos souvenirs heureux d’enfance et de l’âge adulte.
Jeudi 27 février
Où nous nous rendons à la bibliothèque de Bienne, que nous visitons.
Où nous sommes accueillies par Pauline Krüttli, médiatrice culturelle.
Où nous discutons lors d’un café-récit. Quels sont nos souvenirs d’enfance en tant que fille ? Y avait-il des choses qu’une fille ne pouvait pas faire ? Qu’est-ce qui a le plus changé pour les femmes depuis notre jeunesse ? Comment imaginons-nous l’avenir des femmes dans la société ? ...
Où l’on se choisit un nom de groupe : Les Audacieuses.
Jeudi 13 mars
Nous nous retrouvons à Nebia, dans le foyer supérieur du théâtre, pour une rencontre avant d’aller voir La visite de la vieille dame de Nathalie Sandoz. Le groupe parle du nom choisi : Les Audacieuses. M. nous a apporté de la musique, nous commençons par danser toustes ensemble. Nous guidons ensuite le groupe dans un atelier théâtre en lien avec le spectacle, les participantes jouent les personnages en même temps qu’elle découvre l’histoire de Dürrenmatt. Nous terminons la rencontre avec un pique-nique partagé dans le foyer du théâtre, avant de nous retrouver assises toustes en ligne, dans la salle, pour visionner la pièce.
Mercredi 19 mars
Nous nous retrouvons devant le cinéma Rex à Bienne, pour voir le film suisse Les Courageux. Comme la sortie a été ajoutée après coup et en plus du programme initial, nous sommes 4 participantes et une accompagnatrice au rendez-vous. À cinq, nous visionnons le film depuis la dernière rangée du cinéma, échangeant des commentaires complices et dévorant du pop-corn. Le film n’est pas simple à recevoir et questionnent les personnes présentes. Nous échangeons nos avis et nos impressions à la sortie. Face à l’histoire d’une mère luttant pour payer à manger à ses trois enfants, qui les élèvent tant bien que mal, en volant, trichant et luttant avec les services sociaux et la justice, les questionnements émergent. Une telle histoire est-elle possible en Suisse ? Pourquoi est-ce que le film s’appelle Les courageux ? Est-il vraiment courageux le comportement questionnable de cette mère ?
Jeudi 20 mars
Où l’on se raconte le film.
Où l’on débat sur le rôle d’une mère.
Où M. a apporté ses CD dansants, et donc, où l’on danse.
Où B. monte sur scène pour la première fois.
Où l’on se remémore ce fait divers valaisan.
Où l’on regarde le secret et ressent des émotions.
Où l’on raconte ses émotions de spectatrices.
Où l’on vote en faveur de Claire Zahanassian.
Jeudi 10 avril
C’est Nathalie Fleury, la conservatrice du Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont qui nous accueille. Elle va nous faire visiter l’exposition permanente du musée d’une manière originale. C’est nous qui allons choisir les objets desquels elle va nous parler. Pour ce faire, elle a prévu une série de questions : choisissez un objet laid, choisissez un objet féministe, choisissez un objet bizarre, etc. Chaque objet est ensuite commenté par Nathalie, et mis en discussion par le groupe. Les connaissances de Nathalie sont immenses. Elle oriente souvent son discours sur la place des femmes dans le musée, et dans le monde. Elle est passionnante, mais nous sommes aussi d’accord pour dire que c’est parfois un peu long...
Jeudi 22 mai
Nous prenons ensemble le train à Bienne, direction le Théâtre du Jura à Delémont. Nous sommes impatientes, car nous allons voir Fanny, notre médiatrice culturelle, sur scène. On a un peu peur aussi, car elle nous a dit que ça parlerait de violences, son spectacle Fury room.
Arrivées au théâtre, nous sommes accueillies par Pablo qui nous fait visiter les lieux. Nous avons de nombreuses questions. Nous sommes ravies de découvrir les coulisses, au sens large, du théâtre.
Nous pique-niquons ensemble, retirons nos billets, et nous voici dans la file d’attente.
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Fanny nous avait dit qu’on pouvait apporter des objets qu’on souhaitait détruire. Alors le spectacle se termine avec Myriam jetant joyeusement des serviettes hygiéniques sur la scène !
Dans le train du retour, les commentaires sont enthousiastes ! Un spectacle qui parle de nos rages contenues, ce n’est pas courant, c’est même peut-être la première fois qu’on voit quelque chose du genre ! On envoie un selfie à Fanny pour la féliciter chaudement.
Jeudi 5 juin
Aujourd’hui, rencontre à l’InfoQuartier. Nous discutons du spectacle de Fanny, Fury room, l’expliquons à celles qui n’ont pas pu être là. Il a fait écho à nos récits de vies et donne lieu à plusieurs anecdotes. Malgré les thématiques parfois violentes, nous n’avons pas été choquées ou mal à l’aise. L’actrice a su nous prendre avec elle, faire de nous ses complices.
Nicolas nous entraîne ensuite dans une série de jeu autour du chœur, qui vont peut-être enrichir la lecture chorale que nous sommes en train de préparer avec Clémence. Nous bougeons ensemble, tentons de reproduire les mouvement d’une autre les yeux fermés. Nous sommes étonnées de l’écoute que nous arrivons à développer. Peut-être renforçons-nous notre amitié ?

© Greg Clément / La Marmite