Les voi·es·x libres – Récit d'un parcours

Le groupe Les voi·es·x libres incarne un parcours neuchâtelois atypique au sein de La Marmite.

Organisé avec l’ODAS (Office cantonal de l’aide sociale), les participant·es ont pour seul point commun d’être à ce moment de leur vie au bénéfice de l’aide sociale. Pas d’obédience à une cause, pas de profil commun (par ex: appartenir à un groupe d’âge identique, avoir vécu une expérience commune de la migration, être adhérent·e d’une même association citoyenne, etc). Le seul et unique lien préexistant entre les membres du groupe est d’avoir franchi le seuil de la précarité et de n’avoir eu d’autre choix que de solliciter, à cet instant de leur existence, l’intervention de l’État. C’est donc avec des personnes d’âge, de nationalité, de vécus personnels autant que professionnels très vastes que l’animatrice socio-culturelle Annie Surdez et le médiateur Christophe Studer ont composé. Au final, la dynamique de ce groupe pluriel donnera lieu à un parcours riche en émotions et en sincérité qui a en quelques moments su affronter des situations de désaccord ou de mésentente, de tension plus ou moins forte.

L’intégration des membres à ce parcours de La Marmite ne se fait donc pas sur une base volontaire mais est définie et contractualisée pour chaque participant·e par le service cantonal. La présence de chacun·e aux activités est obligatoire. Un cadre le plus régulier possible est posé avec un rythme d’une rencontre hebdomadaire pendant six mois durant. Cet état de fait demande, de la part des intervenant·es, un important investissement à la fois pour la préparation et la réalisation des activités mais aussi pour susciter chez les participant·es une adhésion individuelle au projet. Le parcours n'a pas été épargné par quelques désistements en cours de route, démontrant que les avantages financiers de la mesure ne suffisent pas à garantir la participation. On peut relever que les bénéficiaires qui ont suivi l’entier du projet ont développé un intérêt personnel pour les activités proposées et les temps d’échanges offerts par le parcours, témoignant d’un investissement sincère.

Ainsi, le groupe a ensemble réalisé six sorties, mais a bénéficié en plus d’une cinquantaine d’heures d’animation socio-culturelle ou de médiation, et de création artistique avec l’artiste musicien et producteur Félix Fivaz.

 

 

Les séances hebdomadaires

Le mercredis matin, de décembre 2024 à juin 2025, le groupe s’est ainsi retrouvé de 10h à 12h dans les locaux de la fondation Ton sur Ton à La Chaux-de-Fonds. Ces moments se sont traduits par des discussions thématiques, des jeux de rôle et des exercices convoquant tour à tour les nombreux aspects en lien avec la thématique du pouvoir. Dès lors, le groupe de participant·es a eu toute aise d’apprendre à se connaître, tisser des liens forts autant que de vivre parfois des différents épineux qui ont pétri la dynamique d’un groupe qui s’est partiellement effiloché au fil des mois.


 

 

Cependant, le noyau dur du groupe, composé d’une petite dizaine de participant·es s’est quant à lui consolidé au fil du temps et a trouvé, sous le signe de la bienveillance (plutôt que celui de la constante unanimité) un rythme de croisière intéressant. Les participant·es ont démontré un grand intérêt autant à rejoindre le chœur neuchâtelois (un groupe d’ancien·nes actif sur le long terme) pour sa saison 2025-2026, qu'à renouveler si possible leur participation à un nouveau parcours. Ici, La Marmite réalise donc avec succès un de ses objectifs prioritaires : que les membres d’un groupe s’autorisent à participer à la vie culturelle, et souhaitent même voir grandir leur appétence à la consommer pleinement et plus régulièrement.

 

Tout en traversant la thématique du “pouvoir” sous ses diverses facettes, ce n’est qu’en toute fin de processus qu’un consensus fragile a émergé autour du nom incarnant les individualités du groupe : Les voie·s·x libres (sous-titré Fucking Full Power). Comme évoqué plus haut, le format singulier et relativement imposant de ce parcours neuchâtelois n’a pas été toujours facile à gérer, surtout dans le maintien sur la longueur d’une dynamique emplie de curiosité et de surprises. Toutefois, la régularité de celui-ci, hebdomadaire, a permis aussi de transgresser les frontières des formalités et de tisser des liens humains sensibles entre participant·es et équipe encadrante.

L’objectif de La Marmite de permettre un accès à la culture aux sans voix a ici réussi, toutes et tous, participant·es aux destins fragilisés à cette période de leur vie, toutes et tous, ces magnifiques personnes aux parcours sinueux et souvent compliqués, toutes et tous, grâce au vecteur de l’art et de la culture ont pu se découvrir, et se trouver des centres d’intérêt partagés.

“Résilience” semble être le mot central qui définit, chez chacun·e l’apprentissage premier émergé de leurs expériences de vie. “Bienveillance”, le mot qui a permis au groupe de fonctionner si sensiblement tout au long du parcours.

Lors de la sortie au Théâtre du Passage, sur les sept participant·es: quatre n’étaient jamais entré·es dans un théâtre, et deux avaient franchi ce pas l’an dernier seulement grâce au parcours 2023-2024 de La Marmite.

La densité de ce parcours a influé une confiance bienveillante, qui a permis de capturer, sous la forme d’interviews sonores, la matière de l'œuvre finale co-construite durant ces mois de rencontre : un podcast.

C’est des moments intimes, des souvenirs parfois douloureux qu’ont offerts si généreusement, dignement même, les participant·es à l’équipe encadrante et à ses micros. Cette matière a ensuite été sublimée par l’artiste du parcours, qui la triée, sélectionnée, éditée et produite pour sa diffusion. Même les ambiances sonores du podcast ont été réalisées par les membres du groupe, qui ont appris à utiliser certains instruments, appris à se laisser enregistrer soit dans les locaux de la fondation Ton sur Ton, soit dans le studio de Félix Fivaz.

C’est ainsi une œuvre commune imprégnée dans toutes ses strates de la participation active et engagée de chacun·e, qui a été présentée en public lors de la soirée de restitution avant d’être imprimée et diffusée sur toutes les célèbres plateformes numériques (Itunes, Spotify, Deezer, etc.). L’éphémère de l’instant de partage lors des interviews s’inscrit finalement dans une éternité numérique : les participant·es laissant de ce parcours une trace audio indélébile.

 

 

La soirée de restitution s’est construite en commun. Les participant·es ont pu inviter leurs proches à venir visualiser premièrement une “mini exposition” qu’ils et elles ont construite sur la base de leurs souvenirs et anecdotes du parcours. Dans un deuxième temps, les participant·es ont découvert en direct, simultanément avec l’assistance conviée, l’audio réalisé par leurs soins. L’émotion, l’humilité et les larmes ont été au rendez-vous, autant chez les participant·es que dans leur entourage. Enfin, plusieurs membres du groupe avaient souhaité cuisiner des spécialités culinaires de leurs pays d’origine, c’est une soirée aussi gustative qu’émouvante qui a ponctué ce parcours de la saison 2024-2025.

 

 

 

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